Ah non, ce n’est pas la bête du Gévaudan, dont je vais
parler. Ni de celle, bébête qui monte, qui monte, qui monte même si celle dont
il est question commence toujours subrepticement avant de monter, monter,
monter. Pendant quarante ans (peut-être même un peu plus), elle m’a accompagné
pendant des éternités, ça a été ma compagne la plus fidèle, ça a été mon
deuxième moi. La migraine. J’ai commencé mes premières crises fortes vers l’âge
de 15 ans. À la puberté. Comme si ça pouvait avoir un rapport. Et pourquoi pas,
hein ? Et ça a continué pendant des lustres et des lustres. Et j’ai tout
connu : les migraines avec aura, les ophtalmiques, les olfactives, celles
liées au stress négatif, celles liées à de trop grandes émotions même
positives, toutes les sortes de migraine, je les ai subies. Et j’en ai vu des
spécialistes.
J’ai même servi de cobaye à un grand professeur de l’hôpital Cochin. Qui m’avait donné un traitement de cheval, curatif et préventif. Et qui m’avait demandé de tenir un journal de mes migraines. Et ça, ça a été le pire conseil de toute ma vie : à force de m’écouter, je m’auto-générais des crises et je prenais des médications en plus de mes traitements quotidiens. Tellement shooté que je me suis abîmé le foie. Et un jour, j’ai dit stop à la chimie et quelques temps après, j’ai déménagé à Bordeaux et je suis reparti sur une base un peu plus saine. Avec encore des crises et des crises jusqu’à ce que je rencontre un hypnothérapeute qui m’a beaucoup aidé mais aussi un psychiatre et là, sans que je m’en rende vraiment compte, les migraines ont disparu. Je n’ai plus connu que des maux de tête sporadiques.
Sauf que depuis dix jours, c’est le retour de la bête. Deux crises de près de trois jours en dix jours, ça me semble un peu démesuré. Lors de la première crise, je me suis dit : « j’espère que ce n’est pas le début d’une nouvelle série » et là, depuis vendredi, jusqu’à hier soir, je me suis dit « non, c’est juste une coïncidence, ça ne peut pas recommencer comme avant… » Il faut que je me calme. Il faut que je relativise. Il faut que je me désintéresse de tout ce qui me provoque du stress. Même pas peur. Même pas mal. Si seulement… Non, je ne veux pas être de nouveau adopté par la bête. Je n’en veux pas comme animal de compagnie, comme animal de mauvais augure. Je la méprise car je sais que je ne peux pas me contenter de l’ignorer, elle est trop présente quand elle est là. Impossible de faire semblant. De faire comme si.
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