La nuit, quand je ne dors pas, au lieu de compter les moutons (puisque c’est avéré que ça ne sert à rien), je compte les murs. Parce que déjà, rien que dans ma chambre, si je compte certains angles un peu morts quand on n’y entre pas carrément dedans, il y en a plusieurs et rien que ça, ça m’occupe un moment et ça m’empêche de penser à des choses qui pourraient me donner le tracassin. Heureusement, si je réussis à compter les murs comme je le souhaite, souvent, je me rendors aussitôt. Et si ça n’est pas le cas, je compte d’autres murs. Comme ceux de la place Lemoine, en bas de chez nous, côté pièces de jour. Et là, entre les restaurants, le collège, les immeubles d’en face et j’en passe peut-être, j’en ai plein de murs, à compter. Et là, comme ça a des chances de m’ennuyer un peu, je me rendors très vite. La plupart du temps.
La nuit, quand je fais des rêves qui m’agacent ou qui me barbent, je me réveille, je vais faire pipi et quand je me recouche, je compte les silences. Parce que c’est très intéressant de faire attention aux silences qui nous entourent. Et il y en a bien plus qu’en apparence. Il suffit juste de leur être très attentif. Et moi, ça, je pense que je sais bien le faire car je suis capable d’en compter plusieurs, voire plein, des silences. Bien sûr, pour ça, il ne faut pas que mon sommier grince, ni que je toussote, ni que je renifle, ni qu’un noctambule alcoolisé hurle si fort dans une rue voisine que je l’entends jusque dans ma chambre, pourtant bien protégée de l’espace public. Il ne faut pas non plus que le président ronfle mais ça va, il ronfle si peu, désormais… C’est justement depuis qu’il ne ronfle presque plus que je me suis mis à compter les silences.
La nuit, quand je me réveille inopinément, je pense à mes amours. À mes amours d’antan, à mes amours passées, à mes amours présentes et à celles de demain, les futures, les probables. Je pense à ceux que j’ai aimés, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie mais jamais pas du tout. Je pense à qui m’a fait rêver, fantasmer, fondre. Je pense à tout ce que j’ai pu écrire pour quelques-unes de ces amours, qui ne l’ont jamais su car j’ai toujours tout gardé pour moi. Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie mais jamais pas du tout. Et j’effeuille les marguerites de mes souvenirs amoureux souvent érotiques, parfois pornographiques mais aussi platoniques. Et ça me fait du bien car ça, c’est mon ciné-club personnel. Personne d’autre que moi. J’aurais aimé les inviter, tous ces amours ? Peut-être. Peut-être pas. Un peu, beaucoup, à la folie.
https://cestecritbysibal33.blogspot.com/
http://sibal33.canalblog.com/