Ah, qu’elle était belle, cette adresse où j’ai vécu de fin 1988 à l’été 1994. Qu’elle était belle et combien j’étais fier de la donner quand on me la demandait. Souvent, mon interlocuteur ne bronchait pas mais parfois, on me regardait, un peu interrogatif et pourtant, on ne me demandait rien. Aucune explication sur cet étrange nom de rue. En plus, ce n’était même pas une rue mais une ruelle. Ah, on pouvait quand même y circuler en voiture mais il n’en reste pas moins que c’était bel et bien une ruelle. Et je me souviens, quand j’ai vu ce nom, ruelle sous la Solitude, j’ai tout de suite été séduit et je me suis dit, oui, je sens que c’est là que je vais habiter. Dès que ça sera possible. Et ça a été possible. Et j’ai (bien) vécu, là-bas. Merci de ne pas me demander de détails mais oui, j’ai (bien) vécu. Un peu à la campagne tout en étant à la ville, dans cette banlieue un peu éloignée.
La maison était à flanc de coteau et nous y avions une vue panoramique de toute la banlieue : d’Ermont-Eaubonne, à gauche jusqu’à la forêt de Saint-Germain-en-Laye, à droite. Et devant nous, en oblique, au lointain, la proche banlieue, la Défense et Paris, bien sûr. Depuis la terrasse, de notre colline, on plongeait dans une immensité d’urbanisation avec des touches de verdure. Et quand c’était le 14 juillet, on avait un spectacle magique : des feux d’artifice à ne plus savoir où donner des yeux et des oreilles. De la pyrotechnie proche, de la moins proche et de la lointaine. Dans tous les sens. Et même les habitants de Saint-Prix se mettaient devant le portail de la cour pour profiter du spectacle. C’est moi qui habitais là. Et j’ai fait mes premiers pas de jardinier, devant la maison. Maa première rocaille. Mes premières tulipes. Mes premières giroflées comme une revanche.
Et puis, j’ai quitté Saint-Prix. J’ai quitté la ruelle sous la Solitude. Je suis allé me faire voir ailleurs. Mais je n’ai jamais vraiment oublié cet endroit. Je n’ai jamais vraiment oublié cette maison qui est sortie de terre pour nous. La vie en a voulu autrement, no regrets, no tears, good bye (Pas de regrets, pas de larmes, au revoir…) Et, au fond de moi, je sais qu’un jour j’écrirai quelque chose qui s’appellera Sous la solitude. J’ai ça en moi depuis que j’en suis parti. Un poème ? Pourquoi pas en prose ‽ Un clin d’œil à Victor Hugo (sans aucune prétention) mais Sous la solitude, ça a un rapport avec lui. Sa maison était au-dessus de ladite ruelle. Connaissez-vous sur la colline qui joint Montlignon à Saint-Leu, une terrasse qui s’incline entre un bois sombre et le ciel bleu… * La maison, la forêt, Chatouille, la colline et tant de rêves, encore, à cette époque-là. C’était sous ma Solitude.
* Ô souvenirs ! printemps ! aurore ! (Les contemplations – 1856)
https://cestecritbysibal33.blogspot.com/
http://sibal33.canalblog.com/
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire