Maman ? Maman où es-tu ?... Maman, où t’es ? Non, je ne suis pas allé acheter des roses blanches, je veux juste savoir où tu es parce que sinon, je vais m’inquiéter. Tu sais, il suffit juste que tu me dises où tu es. Comment ? Tu as eu des camarades de classe qui avaient leurs règles vers 9 ans ? Ah bon ? À l’époque où tu étais jeune ? Mais non, tu dérailles, les filles de 9 ans qui sont déjà formées et qui ont leurs règles, c’est un phénomène récent. Ça ne pouvait pas exister à ton époque. Tu es sûre ? Et en plus, on n’en parlait pas, de ces choses-là, de ton temps. Ben non, forcément. Tu te rends compte ? Oui, évidemment que tu te rends compte puisque tu l’as vécu, ça. Bon, c’est bien, de me raconter tout ça mais tu es où ? Parce que moi, là, je commence à me poser des questions, tu sais.
Comment ? Tu te souviens quand Jeannette a eu les siennes ? Et alors ? Et les tiennes, elles sont arrivées quand tu étais chez une tante à Sainte-Geneviève-des-Bois ? Ah, eh bien, je suis bien content de le savoir. Et ta tante t’a tricoté une ceinture spéciale pour pouvoir mettre une serviette en coton. Mais dis-moi, c’était en noir et blanc, à ton époque, les règles, non ? Mais non, je plaisante, je sais que le sang, c’est rouge. C’est juste que ça me fait bizarre de parler de ça avec toi. Oui, en même temps, tu as raison, les choses ont bien changé depuis que tu étais jeune. C’est vrai, ça, il n’y avait pas de tampon hygiénique. Mais dis-moi, maman, tout ça, c’est bien joli mais ça ne me dit pas où tu es. Où t’es mamanoutai, où t’es mamanoutai… Oui, je chante. Je ne sais pas quoi faire d’autre.
Tu me rends dingue, je t’appelle pour savoir où tu es et tu me parles de tes règles de jeune fille. Un truc qui remonte à Mathusalem. Non, maman, franchement, tu n’es pas sérieuse. Dis-moi d’abord où tu es et ensuite, on pourra parler de choses comme ça mais là, ce n’est pas ma priorité de tout savoir. Décidément, la fête des mères t’a rendue complètement différente. Je me demande ce que tu as mangé ou ce que tu as bu, dimanche. Bon, ça y est, tu peux me dire où tu es ? Parce que moi, je viens te chercher aujourd’hui, je te rappelle. Et demain, je t’emmène à Bordeaux, tu n’as pas oublié, j’espère. Ah, tu es là. Bon, on va peut-être déjeuner, avant autre chose ? Tu es d’accord ? Génial. Bon, et pour ton steak, tu le veux saignant, comme d’habitude ? Prends une serviette, pour ne pas te salir.