Ah, saperlipopette, me voilà. Je crois que je peux affirmer que je suis le vêtement le plus cabossé de tout l’appartement. Je suis sa salopette préférée (je crois qu’il n’en a qu’une mais je reste sa préférée) et comme il me porte souvent, forcément, je suis l’objet le plus malmené de sa garde-robe. Enfin, quand je dis garde-robe, c’est une expression car en réalité, Jean n’a pas beaucoup de vêtements à part des jeans, des tee-shirts, des blousons, des boxers et des chaussettes et moi. On ne peut pas dire que mon propriétaire fasse dans la variété pour s’habiller. Moi, ça me va. Tant que je reste sa préférée. Néanmoins, si vous saviez… Tous les déboires que je subis de ce cher Jean, si maladroit. Si gauche. Si malhabile. Et toujours si pressé. On dirait qu’il n’a jamais le temps. Il court, court sans cesse.
Avec lui, c’est à la fois toujours pareil et toujours surprenant. Il va se servir d’un verre d’eau à la cuisine, il s’arrose et moi aussi, au passage. Il boit un verre de vin, il en laisse toujours une goutte pour moi. Il mange des pâtes à la sauce tomate, il m’en sert toujours alors que je n’aime pas ça, moi, les lasagnes à la bolognaise. Quand il bricole, tiens, quand la chaîne de son vélo a déraillé, par exemple, j’ai toujours l’impression qu’il va me caresser alors que non, en fait, il essuie ses mains sur moi. Imaginez si j’étais un costume trois-pièces… Non, pour lui, même en tant que vêtement préféré, je ne suis qu’un assemblage de tissus, la vieille compagne d’un gars qui est très tête en l’air. Je l’aime bien, pourtant, mon Jean mais parfois, je rêve de gestes gentils plutôt que patauds. Mais il m’aime et je l’aime, alors…
Quand il se rend compte que je suis passablement tachée, il crie toujours « saperlipopette, ma salopette, j’en ai marre… » Oui, il crie comme si j’y étais pour quelque chose moi. Alors que moi, encore plus que lui, je suis une victime. Une victime consentante, certes mais une victime malgré tout. Cependant, il paraît que c’est un peu mon destin d’être malmenée car je suis un vêtement de travail, avant tout. Je ne suis pas une tenue de soirée. D’ailleurs, je n’en ai rien. Mais peu importe, c’est comme si j’étais un chat de gouttière par rapport à un chartreux, je suis capable d’autant d’amour et je suis moins fragile. Sauf que par moments, j’aimerais juste un peu plus de respect. Car moi, je suis toujours là, fidèle au poste. Toujours confortable. Et toujours son vêtement préféré. Alors, je m’y fais.
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