Je suis en train de l’observer à la dérobée. En train de dormir. On a fait l’amour, hier soir. Divinement. Intensément. Le repos des guerriers. Moi, j’ai bien dormi jusqu’à ce que le besoin d’aller faire pipi se fasse terriblement sentir. Alors, je suis sorti du lit sur la pointe des pieds. J’ai effectué la miction qui n’était pas impossible et je suis revenu dans la chambre. J’ai un peu hésité. Pourquoi ne pas rester debout ? Non, j’avais envie de retrouver sa chaleur. Sentir son corps contre le mien. Et ne faire qu’un, si possible et aussi bien qu’hier soir. Je me remets sous le peu de drap disponible car le lit est considérablement défait. Et je l’observe. Et je ne résiste pas à la tentation de lui caresser l’épaule. Aucun frisson. Normal, peut-être, en plein sommeil. Et je descends vers son flanc et je remonte délicatement. J’aime dessiner son corps sur le sien.
Soudain, quelque chose me perturbe. Quelque chose d’imperceptible. Assorti d’un léger courant d’air et je me sens moins à l’aise. Pourtant, personne d’autre que nous deux ne se trouve dans la chambre. « Je suis sûre qu’il pense qu’il est tranquille. » « Comme d’habitude. » Qu’est-ce qui se passe ? Ne me dites pas que c’est encore cet homme et cette femme… Pas à 3h40 de la nuit… Je ferme les yeux en espérant que ce n’était qu’une bête hallucination. Quand je les rouvre, ils sont encore et toujours là. Et l’homme, sa tête, n’est qu’à quelques petits centimètres de moi. « Moi, à votre place, je ne caresserais pas avec mon index mais avec mon majeur. Vous devriez essayer, vous allez voir, vous ressentirez plus de choses. » « C’est vrai, globalement, l’index est toujours un peu plus usé que le majeur. » De quoi je me mêle, ces deux-là, hein ?
« Et puis rien ne vous interdit de lui faire des petits bisous dans le cou. » « Oui, c’est vrai. Moi, c’est le genre de chose qui me fait grimper aux rideaux. » « Oui, ma femme est très sensible du cou. » « Même quand je dors. » « Même quand elle dort. » Mais moi, je m’en fous de leur vie intime et je m’arrête dans mes mouvements car je n’ai pas envie qu’on me mate quand je suis en train de caresser la personne qui est à côté de moi. C’est mon intimité, quand même, non ‽ « Après, nous, on dit ça, on ne dit rien. Ce sont juste des conseils de gens avisés. » « Oui, finalement, vous faites ce que vous voulez mais tout de même, notre expérience… » À ce moment, tu ouvres les yeux et tu me demandes à qui je parle. Je me noie dans ton regard avant de tourner la tête et de découvrir qu’ils ont disparu. À personne, mon amour, je te disais juste que je t’aimais.
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