vendredi 10 juillet 2026

dans ton bras, fermé sur mon être étroit… (Anna de Noailles – 1)

Mon cœur tendu de lierre odorant et de treilles, Vous êtes un jardin où les quatre saisons Tenant du buis nouveau, des grappes de groseilles Et des pommes de pin, dansent sur le gazon...

De quand j’étais plus jeune, du primaire au collège ou en seconde et même au lycée, j’aimais beaucoup les cours de français et particulièrement ceux qui nous faisaient découvrir la littérature – même si j’étais réfractaire aux auteurs qu’on nous imposait – je veux dire, pour un livre entier – il m’a fallu attendre d’avoir mon bac pour lire intégralement certains auteurs évoqués par mes différents professeurs), je me souviens de quelques noms de poètes : Maurice Carême, Francis Jammes et Anna de Noailles, pour ne citer que ces trois noms qui le sont si rarement, nommés pendant des discussions (si, si, j’en ai, des discussions littéraires, parfois, avec certains amis – oui, oui, je pense que je suis normal) ou que tout le monde a carrément oublié. Voici la fin du premier extrait : mon cœur est aussi…

La chaude, spacieuse et prudente demeure Pleine de vins, de miel, de farine et de riz, Ouverte au bon parfum des saisons et des heures, Où la tendresse humaine habite et se nourrit.

… / …

Pourtant tu t’en iras un jour de moi, Jeunesse, Tu t’en iras, tenant l’Amour entre tes bras, Je souffrirai, je pleurerai, tu t’en iras, Jusqu’à ce que plus rien de toi ne m’apparaisse.

Et là, l’autre jour, avec et chez le patron, alors qu’il faisait trop chaud, dehors, nous avions sorti nos bâtons rompus et nous parlions de de tout et de rien et de fil en aiguille, il a évoqué la maison de Noailles et moi, comme à chaque fois, ça m’a rappelé cette poétesse, Anna de Noailles. Sauf que je n’avais et n’ai toujours aucun souvenir précis de quelque poème que ce soit qu’elle ait pu écrire. Pourtant, j’en suis absolument certain, elle a fait partie d’un programme pendant ma scolarité. Et si spontanément, j’aurais qualifié son œuvre de romantique voire de symboliste, je n’en étais pas tout à fait sûr et il se pourrait bien que j’aie eu raison de ne pas être trop affirmatif car si elle est un peu postromantique et symboliste, elle représente surtout le vitalisme, dont je n’avais jamais entendu parler auparavant.

— Ah ! Jeunesse, qu’un jour vous ne soyez plus là, Vous, vos rêves, vos pleurs, vos rires et vos roses, Les Plaisirs et l’Amour vous tenant, — quelle chose, Pour ceux qui n’ont vraiment désiré que cela…

… / …

Je ne t'aime pas pour que ton esprit Puisse être autrement que tu ne peux être Ton songe distrait jamais ne pénètre Mon cœur anxieux, dolent et surpris. 

Ne t'inquiète pas de mon hébétude, De ces chocs profonds, de ma demi-mort ;

Forcément, tout ça, ça a titillé mon attention, ça a chatouillé mon imaginaire et ça a démangé ma curiosité. Et j’ai fouillé. Et j’ai repris le Lagarde et Michard, volume du XXème siècle (souvenirs, souvenirs) et là, j’ai eu une grosse interrogation. Vous le sentez mon gros doute ? Je n’ai pas dû apprendre quelque récitation que ce soit tirée d’un poème d’Anna de Noailles. On n’a pas dû l’étudier non plus au collège. Il me semble bien que c’est en première, pour l’année du bac que j’ai alors dû voir passer son nom. Cela dit, si mon doute est gros, il subsiste. Je n’en mettrais rien à couper mais pas loin. Désolé de cette légèreté dans mes sous-entendus un peu grivois mais chassez mon naturel, il revient au galop. En cette canicule, j’avais envie d’un peu de poésie. C’est chose presque faite. À suivre.

J'ai nourri mes yeux de tes attitudes, Mon œil a si bien mesuré ton corps,

Que s'il me fallait mourir de toi-même, Défaillir un jour par excès de toi, Je croirais dormir du sommeil suprême Dans ton bras, fermé sur mon être étroit...

Le cœur (Le cœur innombrable - 1901) / Jeunesse (L’ombre des jours - 1902) / Je ne t’aime pas (Poèmes de l’amour – 1924)

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