vendredi 31 juillet 2026

ça ne manque pas d’air

Version première : Robert, le raton laveur est un raton râleur, un poil radical et rondouillard. À chaque aurore, il ratisse la rive pour récupérer des branches et des morceaux de troncs d’arbres à mettre dans la rivière. Parallèlement, il se ravitaille et ramasse des croûtes (de fromage et autres), des fragments, des portions, des rognures qu’il terre dans son réfrigérateur naturel : le creux du ruisseau. Et s’il en perd en route, il proteste, il grogne, il rognonne. Parfois, rongé de rage, il s’embrouille avec les cerfs, les souris, les rougets et les rouges-gorges. Brusquement, il rentre chez lui, son antre, en grommelant comme toujours. Marre de ces profiteurs ! Travailleur acharné je suis, les autres, des branleurs. Et, pétri de colère, il pénètre dans son repaire et s’endort en ronflant comme une chaudière.

Version en paire : Richard, le carreleur râleur en retraite radote comme son arrière-grand-père. Rien ne carbure normalement. Pétri d’arthrose, le derrière sur un rebord de fenêtre triplement vitrée, il regrette naguère quand rien ne générait d’autre problème que d’être en forme. Les rendements de nos jours sont absurdes, ridicules et trop irréalistes. Il reproche les frasques des traders qui dirigent la terre. Il réprouve les intérêts et les parts des cartels et des confréries qui désertent les créatures pour le profit. Il regarde avec amertume ses appareils archaïques et périmés : ses rabots, ses raclettes, ses croisillons, ses carreaux et pleure un peu. Heureusement, il a repéré du Ricard et s’en sert un verre à ras-bord. « Je déserte hier et merde à toutes les prescriptions strictes et tordues et merde aux remords. »

Version trois : Rose-Marie de Riquewihr, roturière mariée extraordinairement fragile redoute les regards des gaillards bruts, des bougres crétins et de son père, pétri de régulières car cet être expert du membre viril sans repos en dénombre au moins trente-trois. Elle ne blaire pas les hères harceleurs ou ravageurs, ces éternels frustrés du derrière. Rose-Marie aime être solitaire, en proie à ses rêveries privées où elle est libre alors que jour après jour, elle est prisonnière de règles tristes, d’oppression et d’agressions verbales ou corporelles. Elle recherche un retour à l’air libre, réclame le repos afin de renaître un jour, affranchie de toute crainte et donc, de toute rancœur. Elle aimerait du désir vrai sans risque de rituel brutal. Romantique ? Assurément. Romantique dans un univers de brutes arriérées. 

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jeudi 30 juillet 2026

si tu dois mourir demain, tu préfères…

Dis-moi, si vraiment tu dois mourir dans moins d’un an, si tu n’as pas le choix et si telle est ta volonté, sur la terre comme au ciel, je peux te poser une question ? Merci. Alors voilà, ma question est la suivante et tu me connais, je ne suis pas du genre à tourner autour d’un pot. Autour de n’importe quel pot. Même un pot inconnu. Même un pot de vin. Mais un pot sur la fortune. Oui, à la fortune du pot, ne me dis pas que tu ne connais pas ? Ah si, ça me rassure. Tout d’un coup, j’ai cru que tu avais une absence qui aurait pu être un signal avant-coureur d’une maladie embêtante voire grave qui aurait pu te faire mourir en moins d’un an. En même temps, si tu avais le choix entre ne rien savoir ou apprendre que tu viens de choper un truc qui va te faire partir en moins d’un an, hein, ton vœu sera presque exaucé, non ?

Oui, revenons à nos moutons. Mais pas à nos boutons parce que là, hormis pour une couturière, ça ne voudrait rien dire. Même si de nos jours, en revenir à ses moutons, je ne vois pas très ce que ça peut signifier car qui en revient à ses moutons, hein ? Oui, d’accord, Panurge. Mais qui connaît encore Panurge ? Des musulmans qui tiennent à fêter l’Aïd el-Kebir, aussi, oui. Également les gens qui ont du mal à trouver le sommeil, oui, encore. Michel Berger ? Ah ben non, il est mort, lui et ça fait déjà un bail. En 92, si mes souvenirs sont bons. Et donc, quoi ? Ah oui, nos moutons. Ça me fait penser que je dois en parler à Renée, il y en a sous le lit. La pauvre, en ce moment, elle a du mal avec la chaleur, pour le ménage. Ouais mais en même temps, elle est toute petite, elle passe plus facilement sous le lit que moi…

Oui, on parlait du fait que tu pourrais très bien mourir dans moins d’un an. Ça serait parfait. Enfin non, ce n’est pas que tu meures qui serait parfait mais le fait que tu puisses partir comme tu l’as plus ou moins évoqué. Mais on n’en est pas là. Et donc, j’avais une question à te poser. Si la prédiction de ta cartomancienne se réalise. Oui, une question que je juge très pertinente et tu vas voir, oui tu vas voir comment je suis capable de réfléchir aux problèmes du quotidien afin d’y apporter la meilleure solution possible. Alors, s’il ne te reste que moins d’un an à vivre, est-ce que tu préfères qu’on investisse dans un système de climatisation ou prendre ton arrière-petit-neveu en garde pendant une semaine ? Ah, je le savais. Donc, je peux prendre un rendez-vous avec  Baroumes pour étudier la faisabilité d’un climatiseur ? Merci.

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mercredi 29 juillet 2026

si je meurs dans moins d’un an

Si je meurs dans moins d’un an… m’as-tu dit, hier soir. J’ai trouvé ça tellement étrange que tu me sortes une telle phrase alors qu’on était tranquillement en train de dîner. Oui, parce que comme je sens bien que tu penses de plus en plus à installer une climatisation et moi, si je meurs dans moins d’un an, tu n’auras qu’à attendre que je ne sois plus là… Ah l’argument, je ne sais pas ce qu’il vaut  mais il me semble un peu au rabais. On voit que c’est la fin des soldes. D’ailleurs, je vais aller voir une cartomancienne et comme ça, si elle m’annonce que je vais mourir dans plus d’un an, on pourra étudier le problème, sinon, encore une fois, tu patienteras… Oui mais moi, je veux bien mais quand il fait chaud, il fait vraiment chaud, maintenant. Et quand on sait que ça ne va pas s’arrêter comme ça, d’un simple claquement de doigt. Moi, je dois avouer que ça me fait peur, l’idée d’un malaise à cause de la chaleur.

Oui, mais toi, tu es fragile de partout. Et moi, depuis toutes mes opérations, je suis devenu frileux… Je suis peut-être une petite chose fragile mais tout ce qui est petit est mignon et tout ce qui est fragile doit être traité avec attention et respect. Bon, écoute, de toute façon, pour cette année, dans tous les cas, on n’aura jamais de rendez-vous possible pour installer un climatiseur, alors, on a encore un peu de temps pour y penser et en reparler. On a déjà plein de ventilateurs sur pied plus deux au plafond dans le séjour et un dans notre chambre. En plus, tu as commandé tes deux rafraîchisseurs d’air, qu’on vient de recevoir et qui prennent de la place, au passage… Ah mais tu es toujours en train de râler. Le problème, c’est que si tu es devenu frileux et que moi, je ne supporte pas la chaleur, comment on va gérer la chose ? Ou alors, on envisage de changer la chaudière à gaz pour une pompe à chaleur, hein ?

Pffft… Parce que dans ce cas-là, on en fait mettre une qui soit réversible comme ça… Comme ça quoi ? Tu ne peux pas attendre que je meure ? Je te rappelle que si je meurs dans moins d’un an, tu auras toute la liberté de faire comme tu l’entends… Et pourquoi tu mourrais dans moins d’un an ? Je pourrais mourir de froid, par exemple. Et moi, je pourrais mourir de chaud, si on part de ce principe. Il faut vraiment que j’aille voir une cartomancienne comme ça, au moins, je serai fixé… Non mais tu entends ce que tu dis ? Ah non, c’est vrai, tu n’as pas tes aides auditives. Quoi ? Je te dis juste que si tu vas voir une cartomancienne et qu’elle t’annonce que tu vas mourir dans moins d’un an, c’est de la fumisterie. Comment peut-elle le savoir, elle ? Tu crois au destin, toi maintenant ? Je ne sais pas mais dans tous les cas, je peux mourir dans moins d’un an… Ajoutes un peu d’héritage pour que je puisse payer la clim, alors…

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mardi 28 juillet 2026

il en reste toujours aux choses du chemin (Anna de Noailles – 4)

Une tendre langueur s'étire dans l'espace ; sens-tu monter vers toi l'odeur de l'herbe lasse ? Le vent mouillé du soir attriste le jardin ;  l'eau frissonne et s'écaille aux vagues du bassin et les choses ont l'air d'être toutes peureuses ; une étrange saveur vient des tiges juteuses…

Suite de ma série sur Anna de Noailles. Série qui n’a recueilli aucun commentaire. Peut-être parce que poésie. Peut-être parce qu’un peu daté. Mais peut-on dire que la poésie peut être surannée ? À mes yeux, non. Et à mon esprit non plus. La poésie, c’est ce qui me restera, quand je n’aurai plus rien d’autre. Car il n’y a pas meilleur moyen de s’évader du quotidien que de voyager dans les vers des autres. Bref, Anna de Noailles a même été la première femme Commandeur de la Légion d’honneur. Et la première à être reçue à l’Académie royale de langue et de littérature françaises en Belgique.

Ta main retient la mienne, et pourtant tu sens bien que le mal de mon rêve et la douceur du tien nous ont fait brusquement étrangers l'un à l'autre ; quel cœur inconscient et faible que le nôtre !... Les feuilles qui jouaient dans les arbres ont froid, vois-les se replier et trembler, l'ombre croît, ces fleurs ont un parfum aigu comme une lame...

S’il y a bien un point avec lequel nous aurions eu des différends, Anna et Noailles et moi, c’est sur celui des parfums : tous les gens qui l’ont connue ont témoigné qu’elle aimait les parfums presque plus que de raison. Les parfums et les fleurs fraîches. Elle voulait vivre dans un univers où tous les sens pouvaient être sollicités et surtout la vue et l’odorat.  Elle avait une forte personnalité car elle parlait en faisant de grands gestes et pouvait très vite passer de l’enthousiasme aux larmes. Elle vivait ses émotions au maximum. D’aucuns la trouvaient fascinante et d’autres, un peu excessive.

Le douloureux passé se lève dans mon âme, et des fantômes chers marchent autour de toi. L'hiver était meilleur, il me semble ; pourquoi faut-il que le printemps incessamment renaisse ? Comme elle sera simple et brève, la jeunesse !...

Anna de Noailles me semble avoir été une très belle femme si j’en crois les quelques portraits, tableaux ou photographies qui circulent sur Internet. Et c’était manifestement une épicurienne qui aimait les choses de la vie, surtout celles que la nature nous offrait. Plus tard, François Mauriac a dit d’elle, qu’elle possédait une manière unique de célébrer le « bonheur d’être vivant. » Je suis ravi d’avoir passé du temps avec elle et dans mon cœur, elle a repris sa place de grande poétesse, celle de la joie de vivre et de la lumière alors qu’en général, les poètes sont souvent bien mélancoliques.

Tout l'amour que l'on veut ne tient pas dans les mains ; il en reste toujours aux choses du chemin. Viens, rentrons dans le calme obscur des chambres douces ; tu vois comme l'été durement nous repousse ; là-bas nous trouverons un peu de paix tous deux.

— Mais l'odeur de l'été reste dans tes cheveux et la langueur du jour en mon âme persiste : où pourrions-nous aller pour nous sentir moins tristes ?...

Soir d'été

Recueil : Le cœur innombrable (1901).

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lundi 27 juillet 2026

il y aura un avant, il y aura un après

162 interpellations depuis le début des incendies, en France. 162 personnes qui ont été négligentes ou qui ont volontairement mis le feu. 162 personnes qui ont fumé, fait des barbecues et/ou fait des feux d’artifice privés dans des zones où elles n’auraient pas dû car de toute façon, toutes les zones sont à risques quand on subit une telle sécheresse et autant de canicules successives. Je sais, je me répète mais je sais aussi que les choses se répètent et qu’elles se répèteront encore et encore et toujours. Même si, comme à chaque fois que de tels événements arrivent, on entend les mêmes voix pour dire qu’il y a eu un avant et qu’il y aura un après. Déjà en 2022, lors des précédents gros incendies en Gironde, on nous avait servi la même soupe. Et cette année. Et on le sait d’ores et déjà, lors des prochains feux.

Les prochains feux ? L’année prochaine, peut-être. Ou dans deux ans. Ou dans cinq ans. Quoiqu’il en soit, on nous ressortira les mêmes poncifs : c’est inadmissible, ça ne doit plus se reproduire, il y a eu un avant et il y aura un après. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué mais c’est la même chose avec les violences (sexuelles ou non) sur les enfants quand on apprend des faits de grande ampleur ; avec les féminicides ou quand ça concerne les violences sexuelles faites aux femmes (souvenez-vous de Gisèle Pélicot – ça ne devait plus arriver et pourtant, il y a eu d’autres cas, depuis) ; avec les enlèvements et les meurtres et/ou les assassinats d’enfants (Lihanna, il y a peu) et quand il y a des inondations ou un pont qui s’écroule ou tout autre catastrophe. À chaque fois, ça ne doit plus jamais se reproduire. Jamais.

Et à chaque fois, ça se reproduit. Et cette année, rien qu’autour de chez moi, en Gironde et dans les Landes : 42 000 hectares, plus de 220 000 évacués (réfugiés, plutôt) et 84 pompiers blessés, pour ne citer que ces trois chiffres majeurs. N’oublions jamais les deux pompiers décédés à Mérignac, la semaine dernière et un autre en Savoie, début juillet. Trois morts de trop pour quelques saucisses et quelques merguez, pour quelques mégots, pour quelques tirs de mortier de toutes les couleurs et pour quelques étincelles d’appareils ou de véhicules. C’est cher payé mais que tout le monde soit rassuré, il y a eu un avant et il y aura un après. Cette fois, c’est sûr et certain, c’est moi qui vous le dis. Ça ne se reproduira pas. Ça ne se reproduira plus. Jamais. Jusqu’à la prochaine fois. Faut pas déconner, non plus, hein ‽

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dimanche 26 juillet 2026

ça n’arrive qu’aux autres

Je suis triste et je sais que les mots sont bien faibles pour définir ce que je ressens précisément parce que je ne suis pas que triste, je suis aussi en colère et je suis admiratif, en même temps. Je suis pétri de sentiments contradictoires car ce qui se passe chez moi, en Gironde et dans les Landes, ça me fend le cœur et ça me donne aussi envie d’aller casser la gueule à tous ces cons, tous ces inconscients qui ne pensent qu’à leur petit plaisir solitaire ou pas : faire un barbecue car il n’a rien de mieux, en été mais non, pas de risques, je maîtrise, tout est sous contrôle et ça n’arrive qu’aux autres. Ou encore, fumer car si je veux m’empoisonner, j’ai le droit, je n’emmerde personne. Eh bien si, mon gars, quand tu fumes, tu nous pollues. Quand tu fumes, tu choisis l’option d’avoir un jour une maladie grave pour laquelle tu seras soigné gratuitement si tu vois ce que je veux dire.

Quand tu fumes, tu jettes ton mégot par la vitre de ta voiture car tu ne vas pas perdre dix secondes à pour freiner et le mettre dans un récipient ad hoc. Ou alors, tu vas le jeter par terre, en pleine nature, dans un sentier, en forêt. Ou alors, dans une poubelle. Dans tous les cas, tu te dis que ça ne risque rien, ça n’arrive qu’aux autres. Et puis personne ne te voit. Que tu crois. Et puis il y a les gens pour ramasser tes déchets, en forêt ou en ville. Les autres. Les autres que tu prends pour tes bonniches. Car tu te penses être le roi. Le roi dans ton royaume, celui des gros cons. Incurables. Et d’autres, alors que c’est interdit d’aller en forêt, non seulement ils y vont mais en plus, avec leur moto trial. Non, ça ne craint rien, ils savent ce qu’ils font. Ça n’arrive qu’aux autres. Ouais, qu’aux autres. Et partout en surtout en Gironde et dans les Landes, c’est la fin du monde.

Et moi, je suis en colère mais heureusement, le sentiment qui prend le dessus, c’est l’admiration et le respect. Pour les pompiers. Pour la gendarmerie et la police. Pour les équipes municipales et les gens réquisitionnés pour accueillir les centaines de milliers de réfugiés. Pour les bénévoles. Pour ces évacuations successives qui se passent dans le calme, sans drame. Parce que le drame, il est ailleurs, au cœur des flammes. À Biscarrosse, la maison n’est pas touchée mais celle de Carole et Stéphane, oui. Ils ont tout perdu. Tout est réduit en cendres. Et la forêt… Et les animaux, surtout les petits, ceux qui n’ont pas pu fuir. Et la végétation. Et l’écosystème. Tout ça parce qu’on est entouré de cons égoïstes. Il y a eu un avant et il y aura un après ? Tu parles, rien ne changera. On a les électeurs qu’on mérite. Ici, à Bordeaux, c’est irrespirable. Pourtant, les gens continuent de manger en terrasse.

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samedi 25 juillet 2026

dialogues : Dieu, l’homme et son image (19)

Dieu ? Oui, mortel ? Dis donc, tu réponds vite, ce matin. Tu étais en train de ne rien faire ? Nous sommes le septième jour, mon fils. Ah oui, on est dimanche, j’avais oublié. Tu as une petite tête, mortel. Tu sais, moi, le dimanche, c’est un peu un jour comme les autres. Et ? Et toi, outre le fait que tu te reposes, tu y vas, toi à la messe, le dimanche ? Et toi, mortel, tu y vas ? Ben, euh, non, ça fait longtemps que je n’y vais plus. Mais toi, Dieu ? Moi, J’y suis tout le temps. Mortel, je te rappelle que Je suis partout. En tout lieu et en tout temps. La petite lumière qui luit, au-dessus des autels, dans les églises… On m’a dit que c’était Jésus, la petite lampe rouge. Oui, c’est que Jésus est réellement présent mais qui dit Jésus, dit Dieu, donc, Moi. Je suis partout. Et ça ne t’ennuie pas la messe ? Tu veux que Je sois franc, mortel ? Je n’en attends pas moins de toi, Dieu.

Eh bien, ça m’amuse, toutes les simagrées de tous ceux qui se disent « Mes fidèles » car non seulement ils y croient mais en plus, ils se prennent très au sérieux pour ne pas dire qu’ils se la pètent. Oh, mon Dieu, comme tu y vas, ce matin. Je ne Te connaissais pas ainsi. Soit-il. Tu es loin de tout savoir sur Moi, mortel. De tout comprendre de Moi. Et heureusement. Et tu en penses quoi de la quête ? Comme tu le sais, Mes pensées sont impénétrables. Ah non, ce sont Tes voies qui sont réputées pour être impénétrables. Ne parle pas de ce que tu ne connais pas, mortel. Si tu M’avais bien lu et bien compris, tu saurais que la citation exacte, est : « Que tes pensées, ô Dieu, me semblent impénétrables ! » (Psaume 139-17.) Si tu le dis, Dieu. Et la communion avec l’hostie et tout et tout ? Je t’ai déjà dit, mortel que Mes pensées t’étaient impénétrables.

Et sache aussi qu’il y a un deuxième verset qui explique cela : « Ô profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! Que Ses jugements sont insondables et Ses voies incompréhensibles ! Car qui a connu la pensée du Seigneur ou qui a été son conseiller ? » (Romains – 11-33.) Et alors, Dieu ? Et alors ? Il me semble que Je ne peux pas être plus clair, non ? Tu sais, Dieu, moi, je voulais juste savoir si le dimanche, tu allais à la messe, c’est tout. Le reste… Je t’écoute, mortel, le reste ? Moi, je n’ai jamais été fou de la messe, alors… C’est peut-être bien là une grande partie du problème, mortel. C’est que tu sembles tant avoir perdu la foi. Non, Dieu, je crois toujours en Toi. Tu parles… La preuve, je viens discuter de temps en temps avec Toi. Je pourrais ne pas le faire. Tu parles, Je ne suis pas dupe. Tu as toujours une idée derrière la tête. Si tu le dis, Dieu, je Te crois.

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vendredi 24 juillet 2026

la poubelle du monde

Bonjour, je vous appelle parce que ma poubelle noire a disparu. Je l’ai sortie hier soir et ce matin, elle n’est plus dans la rue. J’ai même fait le tour du quartier pour voir si elle avait été déplacée mais non et puis je n’ai pas les moyens de faire le tour de Bordeaux… Monsieur, je vous arrête, ici, vous êtes à l’accueil des services municipaux et je n’ai pas besoin de connaître tous les détails de votre problème. J’ai compris qu’il s’agissait de votre poubelle, je vous mets en relation avec les bonnes personnes. Ne quittez pas, merci. Titati tatitati tatitati tatitati titati tatitati… (Oh, ces musiques d’attente sont insupportables...) Allo ? Oui, allo ? Je vous écoute. Bonjour, je vous appelle parce que ma poubelle a disparu, je l’ai sortie hier soir et… Poubelle verte ou poubelle noire ? Poubelle noire. Ah, désolée mais vous n’êtes pas au bon service, je vous passe celui des poubelles noires.

Titati tatitati tatitati tatitati titati tatitati… (Ils pourraient choisir autre chose que la Lettre à Élise, surtout en version synthétiseur, c’est à chier…) Allo ? Oui, allo ? Je vous écoute. Bonjour, je vous appelle parce que ma poubelle noire a disparu, je l’ai sortie hier soir et ce matin, elle n’était plus dans ma rue ni dans celles, alentour et… Vous habitez dans quel quartier ? J’habite près de la mairie, dans une petite rue qui donne sur la place Pey Berland… Je vous arrête, je ne m’occupe pas de ce secteur-là, je vous passe mes collègues dans l’autre bâtiment, surtout, ne raccrochez pas. Titati tatitati tatitati tatitati titati tatitati… (On devrait faire une loi pour interdire des musiques d’attente aussi désagréables…) Titati tatitati tatitati tatitati titati tatitati… (Ah, ça ne répond pas et c’est vachement long, c’est pénible…) Titati tatitati tatitati tatitati titati tatitati… Clic. Titati tatitati tatitati tata…

Allo ? Oui, allo ? Je vous écoute. Voilà, comme je viens de le dire à vos collègues, je n’ai pas retrouvé ma poubelle noire, ce matin et… Vous êtes revenu à l’accueil, je vous passe le service concerné, ne quittez pas. Titati tatitati tatitati tatitati titati tatitati… (Décidément…) Allo ? Oui, allo ? Je vous écoute. Je vous appelle car je n’ai pas retrouvé ma poubelle noire, ce matin, rue Cabirol et… Quel est son numéro d’identification ? Son numéro d’identification ? Oui, sous la poubelle, c’est sur un autocollant. Mais je ne le savais pas, ça, moi… Sans numéro d’identification, je ne vais rien pouvoir faire pour vous, monsieur. Comment je fais alors ? Vous regardez sous votre poubelle et vous nous rappelez. Mais elle a disparu, ma poubelle, comment je peux récupérer son numéro d’identi… Vous nous envoyez un courrier et on verra ce qu’on pourra faire. Il y a du délai. Clic. Comment ça, clic ?

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jeudi 23 juillet 2026

Bisca, Bisca rage

Cette année, ça semble très compliqué pour nous cinq, d’aller à Biscarrosse. En vérité, moi, je vous le dis, on aurait dû y aller avec maman (tous les six, donc, avec elle) quand elle est venue en juin mais comme elle a dû avancer sa venue sur Bordeaux pour cause d’installation d’une pompe à chaleur chez elle à la date initialement prévue, on a annulé. Oui, je sais, installer une pompe à chaleur en période de canicules successives, il n’y a que ma mère pour décider ça mais bon, on lui pardonne tout car à son âge…  Je disais donc qu’on aurait dû y aller mais ça ne s’est pas fait. Ensuite, juin a laissé la place à juillet mais là, comme on devait recevoir de la petite famille (petit neveu, sa femme et leur fils) du président, on s’est dit que non, ça ne serait pas possible avant ni avec eux. Pas de siège bébé dans ma voiture. Et pas envie de craindre pour la piscine. Si elle reçoit le gamin par inadvertance…

Et comme de toute façon, Kali a eu un problème à l’anus - juste à côté mais c’est pour vous donner une idée de la localisation du problème – et qu’on ne savait pas si c’était tumoral ou traumatique et qu’il fallait la désinfecter deux fois par jour après jour et si on allait à Biscarrosse, on aurait eu du mal à lui faire comprendre qu’elle n’avait pas le droit d’aller passer des heures dans le jardin, sans surveillance car avec sa plaie (elle avait été un peu incisée), le risque, c’était que des mouches pondent sur elle et vous imaginez la suite. Et moi, en prévision de mon P.R.P. (voir billet d’avant-hier, le 22), comme je savais que j’allais être limité dans mes temps de marche pour que je puisse bénéficier au mieux de cette infiltration très douloureuse… Parce que là-bas, entre les deux promenades des chiens hors du jardin et les courses que je fais toujours tout seul… Vous voyez le tableau, hein oui ‽

Ensuite, on avait envisagé d’y aller du 22 au 27 juillet, entre deux rendez-vous médicaux du président mais compte tenu de ma propre convalescence (qui va durer encore quelques semaines), on a reporté à une date qui ne pourra pas être avant août, foi d’animal. Et compte tenu que c’est le patron qui a deux rendez-vous médicaux pendant la première semaine, si on espère pouvoir nous rendre à Biscarrosse, ça ne sera pas avant le 10 ou le 11, dans tous les cas. Et ce qui nous pousse un peu au cul, c’est que j’ai deux lecteur et trice qui envisagent justement de venir à Biscarrosse à partir du 11. Vous me suivez ? L’occasion faisant les larrons, pourquoi ne pas se décider à y aller enfin, là-bas, dans nos chères Landes ? Allez savoir ce qui nous attend ? Parce que si canicule il doit y avoir, ça sera encore compromis. Si j’ai trop mal au pied gauche, idem. Et avec tous ces incendies dans le coin,  itou. Bisca, Bisca rage.

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mercredi 22 juillet 2026

P.R.P.

Ça fait maintenant une semaine pleine (ou une pleine semaine ?) que j’ai reçu une injection de P.R.P. dans mon talon gauche et je peux vous dire que je continue d’avoir mal mais on m’avait prévenu que pendant un certain temps pouvant aller de quelques jours à quelques semaines, la douleur ne disparaîtrait pas d’un simple claquement d’orteil. Et que pour la convalescence après cette intervention, j’en avais pour deux à trois mois à faire très attention à ne pas trop marcher (ou à ne pas marcher trop ?) car il faut laisser les plaquettes agir et ne pas les bousculer plus que de raison. Déjà qu’elles ont été bien turbinées avant l’injection. Ça, c’est sûr, je n’aurais pas aimé être à leur place. Parce que les grands 8, à côté, c’est de la roupette de Samsonite. Ah vous ne comprenez pas de quoi je parle ?

Eh bien, pour les plus fidèles d’entre vous, je souffre d’une aponévrosite plantaire depuis près de deux ans mais en juillet 2025, on m’a injecté un corticoïde dans le talon et ça m’a fait très mal mais ça m’a énormément soulagé car très rapidement, je n’ai plus rien ressenti de douloureux et j’ai pu reprendre mes 15 000 pas quotidiens (en moyenne.) Sauf que fin avril dernier, ça a recommencé à me faire très mal. Et là, le verdict est tombé, quand j’ai consulté le spécialiste du pied sur Bordeaux : il faut passer par une injection de P.R.P. D’accord mais ça fait mal ? Oui. Bon. Et on m’a donné un rendez-vous pour le 15 juillet et si j’y suis allé, autant vous dire que c’était comme si j’allais à l’échafaud. Mais j’y suis allé et on m’a pris du sang pour le mettre dans une centrifugeuse pendant environ 5 minutes.

Là, j’ai vu que mon sang était en trois couches : rouge-bordeaux, en bas / jaune pisseux, au milieu et blanc-sperme, en haut. Cette dernière partie, blanchâtre et peu appétissante, c’était mes plaquettes qu’on a mis dans une seringue et qu’on m’a injectée. Parce que P.R.P., ça veut dire Plasma Riche en Plaquettes. Ouais, je sais, ça n’apporte rien à ce billet mais j’avais envie de l’écrire, ça. De toute façon, quand j’écris des choses comme ça, ça me permet de bien les fixer dans mon esprit. Cependant, sachez aussi que ça n’a pas été fixé que dans mon esprit, je peux vous dire que je l’ai bien sentie, l’injection, dans mon talon. J’ai failli abandonner en cours de route. Et comme j’ai toujours (un peu) mal, il faut que je prenne ce dernier en patience. Pas plus de 15 minutes de marche consécutives par jour pendant…

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mardi 21 juillet 2026

urgence agricole et perpétuité

Je ne vois pas comment on pourrait s’en sortir. Si je ne prends que deux exemples récents, à l’Assemblée Nationale, la loi qui avait prévu d’instaurer la perpétuité pour les violeurs d’enfants et celle de l’urgence agricole avec l’autorisation de se servir de nouveau de deux pesticides dangereux pour la santé. À travers le premier exemple, on voit bien la coupe ultra-partisane entre les gauches et les droites, dans l’hémicycle. Parce que tous ceux de droite et du centre ont voté pour afin de tenter de protéger les enfants du pays mais ceux des différentes gauches ont voté contre et pour ne citer qu’eux, notez que chez LFI, pas moins que Manuel Bompard, Éric Coquerel, Danièle Obono et Mathilde Panot (pour les plus connus) ; chez les socialistes, Jérôme Guedj, candidat à la présidence en 2027 aussi et chez les écolos, aucun nom connu.

Tout ça m’amène à penser qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. Imaginons un enfant violé par un adulte, puis un autre enfant par le même adulte et encore et encore. On ne pourrait donc pas l’enfermer à perpétuité sous prétexte que peut-être, on aurait pu envisager de le soigner ? OK. Alors moi, je propose une chose : que les violeurs d’enfants ne s’en prennent qu’à ceux qui sont dans les familles de ces gens car comme ils ne craignent rien, autant qu’ils en profitent, non ? Après tout, tant qu’à faire des clivages et tant qu’à vouloir toujours être contre ce qui semble être plutôt bon pour le pays… C’est comme le fait d’instaurer une présomption de légitime défense chez les policiers. Mesdames et messieurs des gauches, non la police ne fait pas que tuer. Parfois, elle se fait tuer. Ou presque. Voyez à Marseille, tout récemment.

Pour le second exemple, comme par hasard, ce sont les gauches qui ont voté contre la loi agricole d’urgence alors que les droites ont voté pour et que le centre s’est déchiré sur le sujet, ce qui est désolant. Entre autres, il y est question de deux pesticides l’acétamipride et le flupyradifurone qui pourraient être très toxiques, pour les humains et les insectes dont les abeilles. Je pense que nos élus n’ont rien compris à d’autres urgences que celle, agricole. Et comment peut-on autoriser de nouveau ces deux pesticides qui risquent de nous tuer à petit feu et être contre l’euthanasie qui permet de partir rapidement quand c’est validé ? Nous sommes vraiment un pays où on aime être pour ce qui est contre et contre ce qui est pour. C’est navrant car avec tout ce qui se passe, on continue de faire n’importe quoi. Où est l’intérêt collectif dans tout ça ?

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lundi 20 juillet 2026

je n’étais pas faite pour être mort… (Anna de Noailles – 3)

C'est un brûlant accablement, l'espace, par chaude bouffée, descend sur la plaine étouffée, sur le taillis lourd et dormant. Il semble que la nue ardente, que l'azur, que l'argent du jour, tombent du poids d'un grand amour sur toute la terre odorante, sur la terre ivre de couleurs, où tendre, verte, soleilleuse, la primevère, aimable, heureuse, luit comme une laitue en fleurs…

Anna de Noailles a donc été une star avant l’heure et lorsqu’elle entrait dans un salon littéraire, on venait autant pour la voir que pour l’écouter car c’était une femme brillante. Marcel Proust disait d’elle qu’elle possédait une conversation d’une richesse inépuisable. Et pourtant, elle souffrait de problèmes respiratoires et de douleurs chroniques, ce qui ne l’empêchait pas de parler beaucoup, beaucoup, avec une vivacité extraordinaire.

… Je songe aux villes éclatantes, à des soleils mornes et forts pesant comme une rouge mort sur les rivières haletantes. Ô divin étourdissement dans la douce île de Formose, lorsque, le soir, le paon des roses fait son amoureux sifflement ! Langueur des villages de paille, où, chaude comme l'âpre été, la danseuse aux doigts écartés est un lis jaune qui tressaille…

Star tout en étant écolo, Anna de Noailles a chanté la nature avec une vérité que nul n’a pu égaler car tous les autres poètes le faisaient de façon abstraite. Son amour pour les fleurs, les oiseaux, les saisons et tout ce que Dame Nature peut offrir à nos yeux et plus généralement à nos sens la ravissait. Anna de Noailles disait ressentir une véritable ivresse devant le printemps. Et elle ne s’en lassait jamais, année après année après année…

… Moiteur des nuits du Sénégal, corps noirs brûlants comme une lave, herbe où le serpent met sa bave, sanglots du désir animal ! … Tristesse, quand la nuit s'avance avec ses bonds, ses cris déments, de songer à des soirs charmants dans la Gascogne ou la Provence ; et soudain, salubre parfum d'un navire aux joyeux cordages qui glisse vers de frais rivages avec ses voiles de lin brun !

Anna de Noailles a eu beaucoup d’admirateurs. J’ai déjà cité Marcel Proust mais il ne faut pas oublier Colette, cette autre grande dame de la littérature française ; Paul Valéry, un autre poète, lui aussi un peu tombé dans un certain oubli ; Jean Cocteau, probablement le plus proche de ceux de ma génération… Quoi qu’il en soit, Anna de Noailles a beaucoup impressionné ses pairs à une époque où pour les femmes, c’était presque mission impossible.

O beauté de toute la terre, visage innombrable des jours, voyez avec quel sombre amour mon cœur en vous se désaltère ! Et pourtant il faudra nous en aller d'ici, quitter les jours luisants, les jardins où nous sommes, cesser d'être du sang, des yeux, des mains, des hommes, descendre dans la nuit avec un front noirci, descendre par l'étroite, horizontale porte où l'on passe étendu, voilé, silencieux ; ne plus jamais vous voir, ô Lumière des deux ; hélas ! Je n'étais pas faite pour être morte...

Les terres chaudes, Anna de Noailles dans Les éblouissements (1907.)

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dimanche 19 juillet 2026

pipi, les dents et au lit

Oui, chez moi, avec moi, il faut savoir que je suis plein de principes et que j’ai tout un tas de routines. Une pour chaque moment de la journée. Ça commence par aller me chauffer de l’eau dans la bouilloire dès que je suis levé pour me faire un mug de chicorée-café et un autre d’infusion. Et ensuite, je prends mes traitements, uniquement des compléments alimentaires, à cette heure-là (en moyenne, entre 4 et 6h) et après seulement, je retourne faire pipi (car j’ai déjà fait au moins une fois dans la nuit) et seulement là, j’allume mon ordinateur. Et si je n’ai pas publié de billet dans le blog la veille au soir, je le fais en tout premier lieu car il ne faut pas perdre de temps, mes fans surnuméraires attendent tant après moi… Et après, je consulte mes éventuels mails et après, après seulement je vais faire caca.

Ensuite, je prends une douche, je m’habille, je me lave et me soigne les dents (brossage, bain de bouche et gel) et je finis par me chausser car je dois porter mes baskets avec amorti avec mes semelles orthopédiques du matin au soir (aponévrosite plantaire oblige) et quand c’est l’heure, vers 7h, je file chez le patron et là, j’ouvre tout pour aérer et donner le cachet à Kali (il faut qu’elle le prenne au moins une heure avant sa gamelle) et ensuite, je perds un peu le fil de mes routines, les choses s’enchaînent selon les besoins. En revanche, dès la fin de journée, mes habitudes reprennent le dessus. Quand viennent 18 heures (voire un peu plus), j’allume la télévision et j’écoute C dans l’air d’un œil distrait, sur France 5. Et je fais mes comptes. Ou j’écris. Ou je fais du tri dans mon ordinateur. Je donne dans l’utile.

Après, si le dîner n’est pas prêt, je m’en occupe et au moment ad hoc, nous prenons notre dernier repas de la journée, le président et moi.  Ensuite, c’est le moment de ranger, de faire la vaisselle et d’aller préparer les oreillers sur le lit, de se mettre en tenue légère (caleçon et tee-shirt dédiés pour la nuit) avant de me passer une brossette entre toutes les dents qui l’acceptent, de toutes me les laver, de faire un nouveau bain de bouche et un doigté de gel  buccal. En général, aux alentours de 21h30, même en été, au moment où les jours peuvent encore être les plus longs, je file au lit pour bouquiner au moins un quart d’heure. Et j’éteins et je m’endors. Jusqu’au lendemain. Sauf qu’hier soir, au lieu de faire pipi, les dents et au lit, je me suis brossé le zizi et je suis allé mettre du dentifrice dans les WC. J’ai tout mélangé. C’est grave ?

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samedi 18 juillet 2026

elle était si jolie

Elle était si jolie que je n'osais l'aimer ; elle était si jolie, je ne peux l'oublier ; elle était trop jolie quand le vent l'emmenait, elle fuyait ravie et le vent me disait… Bonjour ma belle. Ça fait longtemps que je ne t’avais pas vue, hein ?... Six ans ? Quand même, hein ‽ Ah ce que je vois tu es toujours aussi jolie. Toujours aussi jolie ? Toujours aussi jolie ? Non mais, il a pris un sacré coup dans l’aile, le tonton, là ‽ Ce n’est pas possible, il ne l’a pas bien regardée, ma femme. Toujours aussi jolie, non mais c’est du grand n’importe quoi. Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute, qu’il disait, l’autre, là, celui qui habitait près de la fontaine, sur la place du village… Non mais quand j’entends des conneries pareilles, moi, ça me fait sortir du Mékong. Ma femme, trop jolie ‽ Ma femme trop jolie ‽ Pffft…

Elle est bien trop jolie et toi je te connais : l'aimer toute une vie, tu ne pourras jamais. Oui mais elle est partie, c'est bête mais c'est vrai, elle était si jolie, je n'oublierai jamais… Ah ça, il avait raison Alain, le garde-barrière, l’aimer toute une vie, si j’avais su, je ne sais pas si j’aurais signé. Parce qu’il faut se la coltiner, ma femme, depuis tant d’années.  Il faut se la cogner, ouais. Pardon ? Non, quand je dis qu’il faut se la cogner, ça ne veut pas dire que je la bats, c’est juste une expression. Comme le café de George Clooney. Une expression. Pour revenir sur  ma femme, mettons qu’elle a pu être un peu jolie le premier soir, quand je l’ai connue. Puis le jour de notre mariage. Pourtant, sa robe la boudinait un peu. Déjà. Non mais c’est surtout dans la vie de tous les jours, en plus, elle est vite insupportable.

Aujourd'hui c'est l'automne et je pleure souvent ; aujourd'hui c'est l'automne, qu'il est loin le printemps ; dans le parc où frissonnent les feuilles au vent mauvais, sa robe tourbillonne puis elle disparaît… Ouais, si seulement elle pouvait disparaître. Pardon ? Non, non, je ne cherche pas à la tuer. Ni à trouver quelqu’un qui pourrait le faire pour moi. Non, quand même pas. Mais si elle pouvait disparaître. Une bonne maladie. Non, pas une longue, ça traîne trop. Une courte maladie, un truc foudroyant. Peut-être qu’à la maison funéraire, ils arriveraient à lui redonner une certaine beauté parce que là, vivante, ce n’est pas gagné. Jolie, ma femme ? Sur une échelle de 1 à 10, par rapport à Adriana Karembeu, elle serait à moins 100. Je vous le dis, elle a  vachement morflé, ouais.

https://www.youtube.com/watch?v=h5QJyjqdUd8

 

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vendredi 17 juillet 2026

bonne mort

Qui que vous soyez, si vous êtes contre, c’est votre droit mais pas avec des arguments à trois sous. Ce n’est pas une loi qui permettra de se débarrasser de ceux qu’on ne veut plus avoir dans les pattes, bien au contraire. Ce n’est pas une loi pour tuer papy, mamy, papa, maman ou tantine afin de récupérer un héritage plus rapidement. Ce n’est pas une loi pour ne plus avoir ses parents en charge. Ce n’est pas une loi pour faire sa propre justice soi-même. C’est une loi pour permettre à celles et ceux qui souffrent inutilement et très fortement de pouvoir décider d’en finir avec la vie, d’avoir une aide médicalisée afin de partir dignement et non pas de continuer comme un légume à cause d’un acharnement thérapeutique. Qui n’a jamais vu ou entendu des malades en souffrance absolue devrait s’intéresser à eux.

Cette loi n’est pas une obligation à l’utiliser. En effet, seul(e)s celles et ceux qui n’en peuvent plus pourront demander à ce qu’elle leur soit appliquée. Elle ne pourra jamais être imposée à qui que ce soit. D’autant moins que la version qui vient d’être adoptée en France ne le permet qu’aux malades qui peuvent en faire expressément la demande. En gros, si vous êtes devenu un légume mais que vous aviez néanmoins fait part de vos directives anticipées comme quoi vous ne vouliez pas qu’on s’acharne sur vous, si votre état ne vous permet plus de parler, l’aide à mourir ne pourra pas être appliquée. Un non-sens absolu, non ? Et n’oubliez pas que personne ne pourra décider seul, qu’il faudra toujours un accord médical à l’application de cette loi sur une personne qui le demande. C=ça ne pourra jamais être imposé.

Bien sûr, on préfère laisser à ceux qui en ont les moyens, le soin d’aller se faire aider en Belgique ou en Suisse, ce qui est encore plus terrible pour les proches. Mais enfin et surtout, je n’en peux plus d’entendre les arguments des gens épris de religion qui nous assènent leur idéologie à tout bout de champ (Europe 1, CNews…) : d’après l’Église catholique (pour ne nommer qu’elle), l’euthanasie volontaire (pourquoi ajouter « volontaire », hein ?), quels qu’en soient les formes et les motifs, constitue un meurtre. Elle est gravement contraire à la dignité de la personne humaine et au respect du Dieu vivant, son Créateur. Eh, Ducon, moi, je n’en fais pas partie de ta secte, alors fous-moi la paix et laisse-moi mourir tranquille si j’en ai envie, d’accord ? Non mais c’est vrai ça, de quoi ils se mêlent les pédophiles et consorts, hein ?

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jeudi 16 juillet 2026

pain au chocolat versus chocolatine (Joe Dassin)

Tous les matins, il achetait sa petite chocolatine-tine-tine-tine-tine… Non, la chanson de Joe Dassin n’aurait pas été tout à fait la même si elle avait parlé d’une marchande de chocolatines au lieu de petits pains au chocolat-la-la-la-la. Non, je vous le dis. En mille comme en cent. Mais tout ça m’amène à me poser une question très pertinente (et je me remercie de me l’avoir posée) : qui était là avant ? Et qui a raison ? Le pain au chocolat ou la chocolatine ? Il paraît, en tout cas, c’est ce qu’on m’a dit, que les deux acceptions sont possibles et donc, bonnes. Le pain au chocolat, comme quand j’étais petit (je n’ai pourtant jamais aimé ça – ce qui est plutôt cohérent vu que je n’aime pas le chocolat), c’est la terminologie la plus répandue en France. La chocolatine, surtout dans le grand Sud-Ouest – dont je fais partie depuis plus de 26 ans.

Et c’est amusant, cette bagarre linguistique autour d’une simple viennoiserie car il y a d’autres exemples, dans le français parlé, celui de tous les jours et pas forcément dans ce qui touche à la nourriture ou à la bouffe. Tiens, par exemple, la poche ou le sac. Moi, quand j’étais adolescent, dans les Deux-Sèvres, on parlait de poche pour mettre les choses qu’on achetait. Et à 18 ans, quand j’ai quitté ma province pour découvrir Paris, j’ai continué à demander des poches pour ranger mes courses. Sauf qu’on me regardait bizarrement. « Une poche ? Un sac, vous voulez dire ? » Oui, un sac, bien sûr. Et je détestais qu’on me prenne pour un provincial car moi, je voulais être parisien, comme ceux qui le sont de pure souche. Et en revenant dans le Sud-Ouest, au début de l’an 2000, j’ai dû me réhabituer à demander des poches au lieu des sacs.

Mais pour en revenir aux viennoiseries, il y en a une autre qui porte plusieurs noms. Joe Dassin en avait fait une autre chanson, nettement moins connue voire totalement ignorée de tout le monde, même de ses descendants mais néanmoins héritiers : tous les matins, il achetait son petit pain au raisins-zin-zin-zin-zin… La boulangère lui souriait en voyant arriver son voisin-zin-zin-zin-zin… Eh bien, figurez-vous que maintenant, dans de nombreux endroits (boulangerie, supermarchés ou autres lieux pour acheter de quoi grignoter), on parle d’escargots (aux raisins.) Pour moi, il n’est question que de pain et là, à la différence de celui au chocolat, j’aime bien celui aux raisins-zin-zin-zin-zin… Mais je ne peux pas en abuser car sinon, je risque de vomir. Pardon ? Il vaut mieux dire « rendre ? » Dans quelle région ? Eh bien dites donc, toutes ces particularités, hein ‽

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mercredi 15 juillet 2026

quand tu me plaisais tant… (Anna de Noailles – 2)

Quand tu me plaisais tant que j'en pouvais mourir, quand je mettais l'ardeur et la paix sous ton toit, quand je riais sans joie et souffrais sans gémir, afin d'être un climat constant autour de toi ; quand ma calme, obstinée et fière déraison te confondait avec le puissant univers, si bien que mon esprit te voyait sombre ou clair selon les ciels d'azur ou les froides saisons…

À la demande générale, je vais de nouveau parler d’Anna de Noailles, cette poétesse (le mot n’est pas très joli, il me semble) de la Belle Époque et ce matin, c’est un poème que je vais publier intégralement tant j’ai la sensation qu’elle l’a peut-être écrit pour moi… Non, elle l’a plutôt écrit en pensant à moi. En pensant à ce que j’allais vivre au moins une fois (une dernière fois ?) dans ma vie. Ce magnifique texte composé de quatrains, il faut le visualiser en vers mais moi, pour la mise en page, j’ai préféré ne pas le publier dans ce format-là. C’est trop compliqué.

Je pressentais déjà qu'il me faudrait guérir du choix suave et dur de ton être sans feu, j'attendais cet instant où l'on voit dépérir l'enchantement sacré d'avoir eu ce qu'on veut : instant éblouissant et qui vaut d'expier, où, rusé, résolu, puissant, ingénieux, l'invincible désir s'empare des beaux pieds, et comme un thyrse en fleur s'enroule jusqu'aux yeux !

Anna de Noailles… Je me rends compte que j’aurais aimé la connaître. Comme quelques autres auteurs ou artistes, morts ou vivants. Comme Prévert, comme Stéphane Mallarmé, comme Barbara, comme Zola ou comme John Boyne, auteur irlandais récemment « découvert… » J’aurais aimé la connaître car c’était une femme à la fois traditionnelle et avant-gardiste. Une femme qui a marqué son époque et qui aurait largement mérité qu’on ne l’oublie pas. Peut-on dire d’elle qu’elle fut une espèce d’idole en son temps ? Oui, je peux le dire. Et moi, je suis un de ses fans.

Peut-être ton esprit à mon âme lié se plaisait-il parmi nos contraintes sans fin, tu n'avais pas ma soif, tu n'avais pas ma faim, mais moi, je travaillais au désir d'oublier ! — Certes tu garderas de m'avoir fait rêver un prestige divin qui hantera ton cœur, mais moi, l'esprit toujours par l'ardeur soulevé, et qu'aurait fait souffrir même un constant bonheur…

Je peux même avancer que de son vivant, elle a vendu des dizaines de milliers d’exemplaires de ses recueils, ce qui était plutôt exceptionnel pour de la poésie. Même à son époque où cet art avait encore toutes ses lettres de noblesse. Et de ce fait, les auteurs étaient tout aussi connus que les acteurs peuvent l’être aujourd’hui. Alors même qu’il n’existait pas les réseaux sociaux. Comme quoi, hein ‽ Et comme je suis très fier et très heureux de vous avoir présenté ce poème, je vous laisse imaginer ce que sera le troisième épisode consacré à Anna de Noailles. Bientôt…

Je ne cesserai pas de contempler sur toi, qui me fus imposant plus qu'un temple et qu'un dieu, l'arbitraire déclin du soleil de tes yeux et la cessation paisible de ma foi !

Recueil : Poèmes de l'amour (1924).

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mardi 14 juillet 2026

qu’il est mignon

C’est vrai que c’est très rare qu’on ne trouve pas mignon un enfant qui vient de naître. Tout le monde (ou presque), en venant rendre visite à la maternité se dépêche de dire à la mère et au père : « qu’il est beau, qu’il est mignon, tout le portrait de sa mère/de son père…) alors que parfois (et même souvent) un nouveau-né, ce n’est pas toujours le plus beau qu’on n’ait jamais vu. Parce qu’on a tous des éléments de comparaison. Mais c’est aussi tout à fait normal que des parents et leurs proches trouvent leur propre enfant le plus beau du monde. Même s’il est un peu laid, en réalité. Si, si. Parce que des enfants moyennement beaux voire pas du tout, ça existe. Et tout l’art de la diplomatie consiste justement à savoir faire un joli compliment pour faire plaisir aux parents, si fiers, eux.

Par exemple : « qu’il est mignon, il est tout rigolo, je l’aime déjà beaucoup… » Là, en réalité, il faut comprendre que le nourrisson en question n’est pas du tout canon. Il n’a aucune chance au concours du plus beau bébé de France. Pas plus qu’en Franche-Comté, c’est dire. Non, si on a bien regardé, on a vu qu’il avait beaucoup d’oreilles décollées, un œil qui ne s’ouvre pas bien et le nez de travers. En fait, plus tard, il fera peur et il sera moqué par ses camarades à l’école. On le sent immédiatement, tout ça. Mais on n’y peut rien. Ou alors, il faut ruser et commencer d’aborder la question délicate du harcèlement : « Tu sais qu’on peut prendre une assurance anti-harcèlement, chez Axa ? Oui, même pour le physique. » Là, si la mère est réceptive aux sous-entendus, c’est bien. Sinon, tant pis pour elle.

Je ne sais pas s’il y a encore l’autre possibilité de découvrir que son petit-fils est noir alors que ni le père, ni la mère ne le sont. Passé le premier instant de stupéfaction, on peut le trouver beau, le bébé. « Il est mignon mais il n’est pas un peu noir ? C’est dommage, il aurait pu être encore un peu plus beau. » Bien sûr que oui, qu’il y a des gens qui pensent encore comme ça. Alors que souvent, les enfants issus d’un métissage sont bien plus beaux que… Non, c’est vrai, pas tous. « Chéri, tu as pensé à changer le petit ? » « Pourquoi ? Tu ne le trouves finalement pas assez beau, tu veux que j’essaie d’en prendre un autre ? » Et quid des enfants à l’adoption ? Parce que dans ce cas-là, on ne peut même pas se dire qu’avec le grand-père qui était bel homme quand il était jeune… Qu’il est mignon, quoi ‽

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lundi 13 juillet 2026

risques d’incendie

On en est encore là. Oui. En ces temps de canicule et donc, de sécheresse et donc, de feux de forêts, on en est encore là. On en est toujours à dire aux gens de faire attention. Parce qu’il doit encore y avoir des gens qui ne peuvent s’empêcher de fumer quand ils vont se promener dans les bois et forcément, comme il n’y a pas de cendrier dans les sentiers, ils jettent leur mégot par terre. Même s’ils pensent l’avoir éteint. De toute façon, comme ce n’est pas indiqué sur des panneaux, que c’est interdit de fumer en forêt. Ouais, je sais, ce n’est pas interdit mais c’est tellement déconseillé que… Et que penser des pyromanes qui eux, aiment le feu, aiment faire leur intéressant. Sauf que tant qu’on ne sait pas que c’est eux, ils ne peuvent en retirer aucune gloire. Pourquoi ne pas s’immoler, alors ?

On est encore là. Oui. En ces temps de canicule et donc, de sécheresse et donc, de feux de forêts, on en est encore là. On en est toujours à dire aux gens de faire attention à ne pas faire de barbecue n’importe où, surtout des barbecues sauvages et encore surtout s’il y a des buissons, des haies, des bosquets, autour. Une étincelle et hop ! Et on est aussi obligé de le signaler, comme chaque année, au colotis de Biscarrosse : ne faites pas de barbecue même chez vous en ces temps de canicule, on vous rappelle que la résidence est entourée de forêt. Ou alors, restez près d’un point d’eau voire de votre piscine en cas de danger. Oui, tous les ans, le syndicat du colotissement envoie les mêmes messages d’alerte. Parce qu’il y a toujours des gens qui oublient ces choses-là. Ou alors, qu’ils s’immolent.

On est encore là. Oui. En ces temps de canicule et donc, de sécheresse et donc, de feux de forêts, on en est encore là. On en est toujours à dire aux gens d’être très prudents et de ne pas faire de moto-cross dans les sentiers des forêts quand il fait très sec depuis longtemps comme en ce moment. On en est encore à dire aux gens : faites attention, une étincelle et hop ! Alors, on évite aussi les attentats aux colis piégés dans les bois, on évite les attentats kamikazes dans les forêts et on évite les feux d’artifice dans tous les endroits très, trop secs. C’est du simple bon sens. Et on demande aux pyromanes d’être un peu patients, cette année, de prendre des RTT ou carrément des congés. Et à ceux qui veulent s’immoler de chercher une autre solution à leurs problèmes. Ou d’attendre l’hiver prochain.

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dimanche 12 juillet 2026

chagrin d’amour

Mais bon sang, qu’est-ce que tu t’es allé te mettre dans la tête, hein ‽ Un chagrin d’amour ‽ Mon Dieu, mais tu avais besoin de te faire un chagrin d’amour ? Ah ben, je comprends maintenant pourquoi tu t’es mis à la poésie. Pourquoi tu t’y es remis. Qu’est-ce que tu avais dans la tête pour te faire un chagrin d’amour ? Comme si tu n’avais que ça à faire. Il n’y a pas des choses plus importantes à gérer, hein ‽ Je ne sais pas moi… Tiens, la canicule, par exemple. Ça ne serait pas plu utile que tu te préoccupes de savoir comment tu vas gérer la prochaine canicule ? Non, tu as sans doute des choses plus intéressantes à faire, sans doute. Comme un chagrin d’amour, par exemple. Je vois que tu as les moyens de t’en payer un, de chagrin d’amour. Moi, si tu veux tout savoir, je n’en ai pas les moyens et donc, je ne m’en paie pas. Comme ça, pas de problème.

Ah oui mais toi, je comprends, tu as besoin de souffrir car tu penses que tu peux alors exister. Eh bien, on est bien servi, avec toi, hein ‽ Un chagrin d’amour. Que de temps perdu. Et du coup, toi, tu tapes dans la poésie alors que si tu veux oublier ton pseudo chagrin d’amour, tu n’as qu’à ouvrir une bouteille de quelque chose de fort, tu bois et tu verras, tu n’y penseras plus à ton chagrin d’amour. Mais non, toi, tu as besoin de petits oiseaux qui gazouillent  dans les arbres en fleurs… Tu as besoin de ruisseau qui serpente dans la montagne avec des petits bateaux ivres en papier qui les dévalent quand il y a du courant… Bien sûr, avec toi, on a toutes les chances de ne pas s’ennuyer mais, mon petit chat, c’est bien parce que tu as du temps à perdre que tu peux te payer le luxe d’avoir un chagrin d’amour. Au passage, je te rappelle que si tu veux balayer la terrasse…

Oh, ce n’est pas la peine de prendre tes airs de chien battu, tu l’as bien cherché, non ? Tu l’as bien voulu, ton chagrin d’amour, hein ‽ Ben oui. Mais si. Alors que si tu avais gardé ta tête sur les épaules, tu aurais mené ta petite vie bien confortable et tu… Pardon ? Ta petite vie un peu trop routinière ? Et alors ? Tu crois que ma vie à moi, elle n’est pas routinière ? Eh ben, ouais. Mais moi, je ne viens pas pleurnicher parce que je me suis offert un chagrin d’amour. Je ne viens pas emmerder le monde avec mes états d’âme. Et je ne viens pas saouler les autres avec de la poésie. Pffft, la poésie, tu parles d’un truc démodé ! Tiens, tu vois, j’en perds mes moyens, à cause de toi et de tes chagrins d’amour, je viens de faire une phrase avec un point d’exclamation. Et la prochaine fois, tes chagrins d’amour, tu sais où tu peux te les mettre ? Non mais sans blague, hein ‽ Chagrin d’amour, pffft.

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samedi 11 juillet 2026

mais qui êtes-vous, monsieur-dame (10)

Dans les choses que j’aime le plus, le matin, de 5 à 7, c’est que je peux prendre mon temps. Le temps d’écrire en sirotant un café ou une chicorée. Le temps de prendre une bonne douche. Le temps de me couper les ongles des mains et/ou des pieds quand c’est nécessaire. Le temps de me tondre la barbe quand ça commence à me chatouiller un peu trop. Le temps de me mater quelques pornos en cachette : Mathilde Panot chez les pompiers de Paris / Sandrine Rousseau écarte bien les cuisses ou encore Marine Le Pen mange de la saucisse. Que voulez-vous, arrivé à un certain âge, on a les plaisirs qu’on peut. Seulement ceux qu’on peut s’offrir. Non, sans plaisanter, j’aime quand la ville est calme. J’aime quand j’ai l’impression d’être seul au monde. Le roi dans son royaume. Le dictateur isolé dans son bunker.

Mais hier matin, ça ne s’est pas tout à fait passé de la même façon. Je suis allé dans ma salle d’eau et je suis entré dans la cabine de douche. Évidemment, j’étais tout nu. Mon cul aussi. J’ai fermé la porte vitrée. J’ai ouvert l’eau, je me suis d’abord mouillé les pieds (je commence toujours pas le bas et je termine par le haut – question de principe) avant de m’arroser les jambes, le ventre, le dos, les bras et la figure. Forcément, je ferme les yeux car je préfère ne rien voir de tout ça. Sauf qu’à un moment, pour prendre le gel douche, je les rouvre. Et là, j’ai senti comme une présence. Je me suis retourné (car je n’aime pas qu’on regarde mes fesses sans mon accord) et là, je les ai de nouveau vus. Cet homme et cette femme qui viennent me rendre visite de temps en temps et dont je ne sais toujours rien de précis.

J’ai voulu faire comme si de rien n’était mais je ne sais pas si vous vous êtes déjà retrouvé tout nu en train de vous doucher devant deux inconnus (ou presque), c’est toujours un peu délicat. Impossible se rhabiller sans sortir de la cabine. Un peu comme si j’étais pris au piège. Alors, je leur ai demandé ce qu’ils voulaient, à la fin. Ils ne m’ont évidemment pas répondu. Mais ils se sont parlé. « Effectivement, tu avais raison, il a bien pris du ventre. » « Oui et il a moins de poils blancs que prévu, sur le pubis. » Eh, faites comme si je n’étais pas là, surtout, hein ‽ « Tu as vu, il a comme un bouton, sur la fesse gauche. » Comment, j’ai un bouton sur la fesse gauche ? Un bouton comment ? Un bouton de quoi ? Putain, mais ils me font chier, ces deux-là. Je ne sais pas qui ils sont et ils me trouvent un bouton.

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vendredi 10 juillet 2026

dans ton bras, fermé sur mon être étroit… (Anna de Noailles – 1)

Mon cœur tendu de lierre odorant et de treilles, Vous êtes un jardin où les quatre saisons Tenant du buis nouveau, des grappes de groseilles Et des pommes de pin, dansent sur le gazon...

De quand j’étais plus jeune, du primaire au collège ou en seconde et même au lycée, j’aimais beaucoup les cours de français et particulièrement ceux qui nous faisaient découvrir la littérature – même si j’étais réfractaire aux auteurs qu’on nous imposait – je veux dire, pour un livre entier – il m’a fallu attendre d’avoir mon bac pour lire intégralement certains auteurs évoqués par mes différents professeurs), je me souviens de quelques noms de poètes : Maurice Carême, Francis Jammes et Anna de Noailles, pour ne citer que ces trois noms qui le sont si rarement, nommés pendant des discussions (si, si, j’en ai, des discussions littéraires, parfois, avec certains amis – oui, oui, je pense que je suis normal) ou que tout le monde a carrément oublié. Voici la fin du premier extrait : mon cœur est aussi…

La chaude, spacieuse et prudente demeure Pleine de vins, de miel, de farine et de riz, Ouverte au bon parfum des saisons et des heures, Où la tendresse humaine habite et se nourrit.

… / …

Pourtant tu t’en iras un jour de moi, Jeunesse, Tu t’en iras, tenant l’Amour entre tes bras, Je souffrirai, je pleurerai, tu t’en iras, Jusqu’à ce que plus rien de toi ne m’apparaisse.

Et là, l’autre jour, avec et chez le patron, alors qu’il faisait trop chaud, dehors, nous avions sorti nos bâtons rompus et nous parlions de de tout et de rien et de fil en aiguille, il a évoqué la maison de Noailles et moi, comme à chaque fois, ça m’a rappelé cette poétesse, Anna de Noailles. Sauf que je n’avais et n’ai toujours aucun souvenir précis de quelque poème que ce soit qu’elle ait pu écrire. Pourtant, j’en suis absolument certain, elle a fait partie d’un programme pendant ma scolarité. Et si spontanément, j’aurais qualifié son œuvre de romantique voire de symboliste, je n’en étais pas tout à fait sûr et il se pourrait bien que j’aie eu raison de ne pas être trop affirmatif car si elle est un peu postromantique et symboliste, elle représente surtout le vitalisme, dont je n’avais jamais entendu parler auparavant.

— Ah ! Jeunesse, qu’un jour vous ne soyez plus là, Vous, vos rêves, vos pleurs, vos rires et vos roses, Les Plaisirs et l’Amour vous tenant, — quelle chose, Pour ceux qui n’ont vraiment désiré que cela…

… / …

Je ne t'aime pas pour que ton esprit Puisse être autrement que tu ne peux être Ton songe distrait jamais ne pénètre Mon cœur anxieux, dolent et surpris. 

Ne t'inquiète pas de mon hébétude, De ces chocs profonds, de ma demi-mort ;

Forcément, tout ça, ça a titillé mon attention, ça a chatouillé mon imaginaire et ça a démangé ma curiosité. Et j’ai fouillé. Et j’ai repris le Lagarde et Michard, volume du XXème siècle (souvenirs, souvenirs) et là, j’ai eu une grosse interrogation. Vous le sentez mon gros doute ? Je n’ai pas dû apprendre quelque récitation que ce soit tirée d’un poème d’Anna de Noailles. On n’a pas dû l’étudier non plus au collège. Il me semble bien que c’est en première, pour l’année du bac que j’ai alors dû voir passer son nom. Cela dit, si mon doute est gros, il subsiste. Je n’en mettrais rien à couper mais pas loin. Désolé de cette légèreté dans mes sous-entendus un peu grivois mais chassez mon naturel, il revient au galop. En cette canicule, j’avais envie d’un peu de poésie. C’est chose presque faite. À suivre.

J'ai nourri mes yeux de tes attitudes, Mon œil a si bien mesuré ton corps,

Que s'il me fallait mourir de toi-même, Défaillir un jour par excès de toi, Je croirais dormir du sommeil suprême Dans ton bras, fermé sur mon être étroit...

Le cœur (Le cœur innombrable - 1901) / Jeunesse (L’ombre des jours - 1902) / Je ne t’aime pas (Poèmes de l’amour – 1924)

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jeudi 9 juillet 2026

poésies d’été (série)

Ça n’est un secret pour personne, j’aime la poésie, j’aime les poètes et j’aime les vers. Avec une préférence pour ceux qui sont libres, comme j’aimerais l’être moi-même. Avec un penchant assez marqué par les belles rimes et avec un goût certain pour les sonnets. J’en ai écrit pendant près de trente ans avant de me sevrer et ne plus y toucher pendant vingt ans et je n’ai pas su résister, je m’y suis remis, surtout en cachette, il y a une dizaine d’années. Voilà ma carrière poétique. En dents de scie. Si seulement on pouvait parler de carrière… Mais j’ai quand même été publié en 1997, mon premier et unique recueil, Écorces vives, aux éditions du Temps des Cerises. Avec une sélection de textes sur près de trente ans, une espèce d’anthologie pour quelqu’un de totalement inconnu, sauf de moi.

Non, parce que ça, en réalité, le recueil n’a jamais été publié malgré toute la publicité que j’ai pu en faire dans mon fanzine mensuel de l’époque, L’Impromptu, d’avril 1997. Avec un jeu concours pour gagner un exemplaire du livre. Mais la supercherie n’a pas duré longtemps et face à la tristesse des premiers proches qui ont su que ce n’était qu’un énorme poisson d’avril, j’ai fait amende honorable et j’ai battu ma coulpe. Et à la demande de ma mère, j’ai envoyé un manuscrit à plusieurs maisons d’éditions mais si certaines m’ont répondu, ça a toujours été négatif. Alors, j’ai boudé pendant vingt ans. Mais un jour, ça m’a repris et j’ai encore abandonné le navire, ce bateau souvent ivre et là, ça me chatouille ou ça me gratouille et j’ai des envies de me taper quelques vers. De trinquer à l’art poétique.

Aussi, avant de me remettre (sérieusement) au « travail », j’ai envie de faire une série d’été sur le sujet et parler de certains poètes (hommes et femmes) que j’aime mais surtout que j’aurais pu aimer si je m’étais penché un peu plus sur leur œuvre. J’ai de vagues souvenirs sur certain(e)s d’entre eux et j’ai envie de les faire renaître à ma mémoire un peu défaillante à leur sujet. Et je vous préviens, si vous n’aimez pas la poésie, tout d’abord, n’en dégoûtez pas les autres et ensuite, laissez-vous porter même si vous n’en avez pas l’habitude. Ça ne demande aucune connaissance, juste de la sensibilité. On est dans le subjectif le plus total. La musicalité des mots. Le rythme des vers. La richesse (ou non) des rimes. Et les sensations que ça peut, que ça va vous procurer. Ou pas. 100% des lecteurs auront tenté leur chance.

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mercredi 8 juillet 2026

mais, ce billet de 50…

Mais qu’est-ce que c’est que ce billet de 50 euros qui se trouve dans ma basket grise du pied gauche ? Je suis sûr qu’il n’y était pas hier soir. Et ce matin, alors que je m’apprête à changer de paire de chaussures, pour passer du bleu au gris, histoire de varier les plaisirs. Parce que pour ne pas user toujours les mêmes, les bleues, parfois, je décide de prendre les autres, les grises. Et il est important que je n’oublie pas d’y insérer les semelles du podologue. D’ailleurs, je l’ai vu avant-hier, un peu plus d’un an après car les premières semelles commençaient à être un peu usées. Et pour mon problème d’aponévrosite plantaire, c’est plutôt du mauvais genre, ça. Alors, ce matin, en attendant les nouvelles, j’ai retiré mes semelles usées de la paire de bleues pour les insérer dans la paire de grises. Et là, dans celle de gauche, j’ai trouvé un billet de 50 euros. Plié en quatre.

Je n’ai aucun souvenir de m’être servi d’une de mes chaussures comme d’un porte-monnaie. Ni même comme d’un coffre-fort. Alors, si ce n’est pas moi qui l’y ai mis, qui cela peut-il être ? La petite souris ? Ben non, ce n’est pas parce que mes dents ont tendance à se déchausser (et je suis suivi pour ça aussi, actuellement) ((au passage, c’est plutôt rigolo, non, de parler de dents qui se déchaussent dans un billet qui parle de paires de chaussures…) que je vais encore croire à ces bêtises. C’est comme pour le Père Noël, la petite souris, elle n’existe pas. Sauf chez les agneaux, peut-être… Ça ne peut pas non plus être une femme qui aime beaucoup me voir en tenue de scène car je les ai mises, depuis le 28 mars dernier, ces baskets grises. Et il n’y avait aucun billet, jusqu’à ce matin, alors, hein ‽ Et puis, une groupie me l’aurait plutôt glissé dans un slip, le billet de 50 euros, non ?

Ça ne peut pas non plus être le président car alors pourquoi aurait-il fait ça ? Une histoire de corruption ? Non, je n’y crois pas une seconde. Le patron ? Il y a d’autres moyens de me remercier pour services rendus. D’autant que ce dernier n’est pas venu chez moi depuis plusieurs semaines (canicule oblige) donc… Les chiens ? Non. Le prince ? Non plus. Ma mère ? Ah oui, ma mère est venue début juin. Aurait-elle pu glisser subrepticement un billet de 50 euros dans une paire de mes chaussures ? Non, je n’y crois pas un instant. Vraiment, je ne vois pas. Alors vous savez quoi ? Je ne vais pas le dépenser, ce billet, je vais le conserver dans une cachette qui sera meilleure et si quelqu’un me le réclame un jour, je connaîtrai peut-être le fin mot de cette histoire. Et si personne ne le réclame, il restera caché ad vitam æternam. Perdu pour tout le monde.

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mardi 7 juillet 2026

canicule anale

Ils me font rire, tous ces journalistes, tous ces spécialistes de la météo, à la télé, dans les journaux, sur Internet, etc… parce que si on les écoute, c’est la catastrophe parce qu’il fait un poil trop chaud. OK, il a peut-être fait un peu plus chaud que d’habitude mais il ne faut rien exagérer, on est quand même en été à ce que je sache. Et je crois que je le sache bien. Non, ce qui vient de se passer et qui risque de recommencer dans quelques jours, c’est juste un été qui n’est pas pourri. Et quand je me souviens du nombre de gens qui se plaignaient, parfois « oui, on est en été, il fait froid, il pleut, c’est pas juste, nous, on est en vacances et on peut même pas en profiter » et tout et tout… Alors, j’espère que ces mêmes gens sont ravis d’avoir enfin eu chaud. Et j’espère qu’ils ne se sont pas plaints de transpirer un peu plus qu’en temps normal.

C’est comme tous ces jeunes qui sont morts noyés dans des endroits qui étaient interdits. Au moins, ils sont morts en se faisant plaisir. Bon, d’accord, ils se sont peut être fait mal mais tant pis, ils ont certainement pu se rafraîchir a minima. Et ces mômes qu’on a laissé cuire dans la voiture de leurs parents, après, peut-être que c’était juste pour connaître le degré d’ébullition d’un enfant en bas âge. Si ça se trouve, c’était juste pour faire avancer la science. Je ne vois pas pourquoi ça serait plus répréhensible que ce presque ancien faits-divers, vous vous souvenez, madame Courjault ? Alors, moi, je dis qu’il faudrait savoir ce qu’on veut : on n’aime pas les mères qui congèlent leurs enfants et on critique aussi celles qui les laissent rôtir dans une voiture. Même s’il y a un juste milieu, je pense qu’il faudrait savoir choisir son camp.

Je crois que cette deuxième canicule de 2026, qui vient de se terminer, a probablement rendu un peu fous un grand nombre de gens. Les toujours mêmes mécontents. Les toujours ronchons (sauf moi, cette fois.)  Les toujours mêmes frustrés. Et si je n’avais qu’une seule chose à dire, ce matin, c’est qu’il faut savoir accepter les choses comme elles arrivent. Je me souviens de cette philosophe qui avait dit « Prends la vie comme elle vient, oui, prends la vie comme elle vient… » (Sheila – en 1966) et moi, cette dernière canicule et avant la suivante, contrairement aux apparences, j’ai beaucoup temporisé, j’ai cherché à nuancer ma pensée et à prendre le minimum de recul possible. Car au fond, dans mon cul, j’ai au moins 37.2° en permanence, jour et nuit. Et je le supporte parfaitement. Quand je vous dis, il faut relativiser, n’est-ce pas ?

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lundi 6 juillet 2026

hmmm – t’as dit « hmmm » (billet énervant)

Hmmm… T’as dit « hmmm ‽ » Moi, j’ai dit « hmmm ? » Oui, tu as dit « hmmm… Pourquoi tu as dit « hmmm ? » Ben, euh, parce que je pense que je me sens bien. Oui mais parfois, quand on fait ou quand on dit « hmmm », ça peut aussi vouloir dire autre chose. Ah oui et quoi donc ? Eh bien, par exemple, euh, ça pourrait vouloir dire que tu es gêné. Gêné de quoi ? Je ne sais pas moi, c’est à toi de me le dire. Mais je ne suis pas gêné de rien du tout. Alors, ton « hmmm », ça pourrait aussi témoigner d’une certaine exaspération. Je t’énerve ? Mais pas du tout. J’ai fait « hmmm » parce que c’est sorti tout seul, je n’ai rien calculé. Attends, tu as fait « hmmm » ou tu as dit « hmmm », parce que là aussi, il y a toute une nuance. Mais non, j’ai fait « hmmm » et toi, tu l’as simplement entendu. Ni plus et même ni moins.

Ouais. Je me demande. Parce que quand tu as dit « hmmm », ça voulait forcément exprimer quelque chose. Non, rien de particulier. Juste comme si je voulais soupirer à haute voix. C’est sûr, ce mensonge ? Évidemment, que je suis sûr. Et bien sûr que non, que ce n’est pas un mensonge. Qu’est-ce que tu vas t’imaginer, toi encore ? Peut-être que je m’imagine des choses mais quand tu as dit « hmmm », tu pensais bien à quelque chose en particulier ? Je ne me souviens plus. Ouais, si ça se trouve, tu t’en souviens et tu ne veux pas me le dire. Mais non, pas du tout. À d’autres. Mais enfin, pourquoi veux-tu qu’il y ait absolument comme un problème ? Parce que si ça se trouve, il y en a un. Oui mais si ça se trouve, il n’y en a pas. Et c’est justement le cas. Bon, si tu le dis. Bien sûr que je te le dis. Franchement.

Droit dans les yeux et droit dans tes bottes. Hmmm. Ah tu vois, tu viens de redire « hmmm ‽ » Oui, je viens de redire « hmmm » mais là, je le reconnais, c’est parce que je voudrais te faire comprendre qu’on pourrait peut-être passer à autre chose. Non, on va d’abord en finir avec ton « hmmm » et ensuite, on pourra passer à autre chose. Qu’est-ce que tu veux que je te dise, à la fin ? Je veux juste connaître la différence entre ton « hmmm » de tout à l’heure et celui que tu viens de dire. Je n’en sais rien, moi. Si, forcément, tu le sais. Mais non, enfin. Bon, je vais aller faire pipi et quand je reviens, je veux qu’on tire ça au clair. D’accord, va faire pipi... Pffft. Tu as fait « pffft ‽ » Oui, j’ai fait « pffft », pourquoi ? Ben, tu as fait « pffft ? » Tu m’as demandé pourquoi j’avais dit « hmmm », moi je veux savoir pour ton « pffft. »

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dimanche 5 juillet 2026

face au bi, face au banc, face au petit bout du banc

Mariage 1 : Je t’aime ma chérie. Je t’aime mon chéri. Hé, les mariés, venez un peu ici, on va faire des photos. Ouaiiis. Bon, toi, Maxime, tu prends Chloé dans tes bras et toi, Chloé, tu te renverses et vous souriez, hein ‽ Grand sourire, attention, ouistiti, photo. Ça va, ce n’est pas mal.  On va en faire une autre. Maxime, tu prends Chloé par la taille et vous regardez vers la droite, dans la même direction, comme tous les gens qui s’aiment et vous n’êtes pas obligés de sourire, soyez juste vous-mêmes. Attention… Ils sont bizarres, ces deux-là, sur le banc, là, à droite. Oui je les vois. Ne cherche pas à comprendre. Oui mais ils nous observent. On s’en fout, je t’aime. Moi aussi, je t’aime. Attention, ouistiti, photo. Bon, maintenant, une photo de groupe. Ça va être très beau, vous tous en bleu et blanc. Magnifique.

Mariage 2 : Idriss, tu viens pour la photo, mon amour ? Oui, Denitsa, mon amour, j’arrive. Qui sont ces deux personnes qui nous regardent, là-bas, sur le banc, à l’ombre ? Je ne sais pas. Po dyavolite, on s’en fout, Idriss. Toz, Denitsa. Attention, je vais vous filmer pendant que vous arrivez vers moi. Et de temps en temps, je ferai une photo. Souriez, surtout, hein ‽ Magnifique, les mariés. Vous êtes magnifiques. La Bulgarie et la Tunisie devraient vous choisir pour représenter ce qui se fait de mieux dans les mariages mixtes. Idriss, on pourrait regarder de l’autre côté, ça m’énerve qu’ils n’arrêtent pas de nous regarder, les deux, là… Dyavol da go vzeme. Aarak, on s’en moque, Denitsa. Maintenant, vous pourriez vous mettre de dos et tourner la tête vers moi, chacun vers l’intérieur et vous souriez et attention, ouistiti, photo. Super, ça rend super bien. J’avais peur qu’avec la chaleur, vous soyez un peu brillants mais non.

Mariage 3 : (Pfou, je me sens boudiné dans mon costume. Il fait vachement chaud. Elle va le voir que je transpire…) Ça va, chou ? Mais oui, ça va, mon cœur. Pourquoi ? Parce que tu as l’air d’être un peu essoufflé. Mais non, ça va. Qui c’est, ces deux-là, sur le banc, là-bas ? Je sais pas, on s’en fout, mon amour. Alors, les mariés, vous pourriez venir vers moi en courant tout en vous tenant la main ? Oui, on peut, hein, chou ? (Tu parles, si on peut, elle oui, mais moi, je n’en peux déjà plus.) Oui, on peut, mon cœur. Alors, allez-y. Bien, c’est bien mais j’aurais aimé que vous soyez plus naturels, plus souriants, vous devez respirer le bonheur, c’est votre mariage, quand même. Allez, on la refait. On peut aller plutôt vers la gauche ? Je n’ai pas très envie d’aller vers le banc, là, à droite. (On pourrait pas le faire en marchant ?)

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samedi 4 juillet 2026

sur le bi, sur le bout, sur le petit bout du banc

Tu as vu, il y a un mariage. Les gens sortent de la mairie. Encore un ? Oui, on est samedi, souviens-t’en. Ah oui, c’est vrai. Tu as vu ? Les gens sont encore beaucoup habillés en bleu. Du marié aux autres hommes. Certainement des garçons d’honneur. Il a l’air assez moche, le marié. Oui. Mais sa femme, elle semble bien mieux que lui. Ça fait quand même deux mariages dont les invités sont en bleu. C’est vrai, quand on est entré dans les jardins, tout à l’heure, ils étaient tous vêtus de blanc et de bleu ciel. Une véritable layette. Là, c’est moins harmonieux. De toute façon, si le marié est moche, le reste de la noce ne peut pas être mieux. Tu peux laisser ta main sur mon genou, ça ne me dérange pas. J’ai failli m’excuser. Pas la peine, je sais que c’est de l’inadvertance. Si ça se trouve, c’est ce mariage qui te trouble.

Non, ça ne me trouble pas mais tu sais, je l’ai peut-être fait exprès. Ah bon ? Oh, tu as vu, encore un mariage. Dis donc, c’est à la pelle, aujourd’hui. Je pense qu’ils sont arabes. Ou bulgares. Je pense que ce n’est pas tout à fait la même chose. Je sais. Mais je sais aussi que ça peut être un mariage mixte. Arabo-bulgare. Ou arabe avec des invités bulgares. Ou bulgare avec des invités arabes. J’ai envie de t’embrasser, tu sais ? Non, ici, ce n’est pas possible. Je sais, ça aussi. On n’est pas là pour s’exhiber. Un peu de pudeur, ça ne fait de mal à personne. Déjà que tous ces gens qui se marient, si ça se trouve, dans deux ou trois ans, ils vont divorcer. Oui. Et quand tu vois les invités, ils devront prendre parti pour le mari ou pour la femme. Et ça va créer des problèmes, on le sait déjà. Oui, on devrait aller leur demander, tiens.

Excusez-nous, c’est pour un sondage. Quand vos amis vont divorcer, dans un an ou deux, vous prendrez parti pour la mariée ou pour le marié ? Je ne suis pas sûr qu’ils apprécient ton humour. Non, mais je m’en fous. Je sens ton genou contre le mien et ça me plaît beaucoup. C’est une douce caresse. Quasi imperceptible mais ça me plaît vraiment beaucoup. Et sinon, tu as déjà pu te faire masser chez un professionnel, un massage bien-être ? Oui. Moi aussi. J’aime beaucoup ça. Moi aussi. Et j’aimerais bien m’offrir une séance, tiens. Tu sais masser, toi ? Oui, un peu. Intuitivement. Et toi ? Moyen. Disons que je sais plus caresser que masser. Bon, ce n’est pas tout ça, mais on m’attend. Je sais, tu m’avais déjà dit que tu ne pourrais pas rester longtemps. C’était agréable, hein ? C’était délicieux, oui. Je te remercie.

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vendredi 3 juillet 2026

culpa confessa dimidium veniæ habet

Oui, j’avais évidemment prévu de publier autre chose mais comme je n’ai jamais eu autant de commentaires d’un coup sur un billet que sur celui d’hier, je trouve normal de remettre d’autres pendules à l’heure. Parce que comme le dit le titre de la publication de ce matin, faute avouée est à moitié pardonnée. Mais en réalité, si je n’avais rien dit, si ça se trouve, personne n’aurait rien remarqué. Et là, je me pose deux ou trois questions : est-ce que je suis devenu transparent ? Est-ce que je fais désormais partie des meubles ? Est-ce que mon lectorat (et rate) ne me regarde plus comme au début ? Bien sûr, je n’ai la réponse à aucune de ces questions existentielles mais je vais m’en remettre. Je m’en remets toujours. Et puis, je ne suis pas ici pour faire étalage de mes tas d’états d’âme.

Alors en gros, c’est quand je dis que j’ai fait une bourde que tout le monde (ou presque) réagit. Heureusement que les commentaires étaient gentils sinon, il n’est pas impossible que j’aurais pu légèrement mal les prendre. Après, j’aurais également pu comprendre que mon lectorat (et rate) soit un peu désabusé par cette double publication de billet. En effet, ici, c’est un espace de création et non pas la télévision, comme les chaînes publiques qui passent leur temps à rediffuser des téléfilms, des documentaires et même des jeux. Si, si, même des jeux. D’ailleurs, à ce propos, les gagnants touchent-ils leur gain une deuxième fois ? Moi, à leur place, je redemanderais… D’ailleurs, à ce sujet, comme le disaient les grands auteurs latins : programmata iterum iterumque ostensa memoriam fatigant, non animum recreant.

Je vous laisse traduire car comme j’ai cru deviner que le latin n’avait plus de secret pour vous non plus… Et pour en revenir au sujet du jour, pour cette faute à moitié pardonnée, j’ai juste envie d’ajouter qui sibi semper culpam adscribit, etiam umbram suam accusat. En tout cas, à peu près ça. Non, non, vous pouvez chercher sur Google, ce ne sont pas des citations que j’ai recopiées. Elles viennent de moi. Tout comme hier soir, quand je préparais mon clafoutis de ratatouille (c’est un indice), j’aurais très bien pu écrire un billet à venir sur la recette du clafutium cum ratatulia. Voire aller plus loin et vous dire que clafutium cum ratatulia coctum neque rusticos neque coquos persuadet mais là, j’ai un peu peur de vous perdre. Dommage car moi, c’est fou comme je m’amuse. Je m’amuse comme un fou.

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jeudi 2 juillet 2026

bis repetita (placent)

Encore du latin ? Ouais j’entends déjà vos remarques. « Stéphane est un obsédé du latin parce que c’est une langue morte » ou encore « Stéphane n’en peut plus de nous étaler son savoir latiniste » ou enfin « depuis qu’il a acheté un Gaffiot, il nous saoule, le père Stephanus… » Ouais mais je vois que ça porte quand même ces fruits, car celui qui vient de parler du Gaffiot, il a commencé à faire des déclinaisons… Alors, pour les plus  briques d’entre vous (les plus réfractaires), sachez que bis repetita, ça veut dire « chose répétée deux fois » voire « choses répétées deux fois » mais on peut aussi prendre une autre locution latine en compte « bis repetita placent » et là, ça veut dire que « les choses répétées deux fois plaisent » voire « plaisent mieux » et je ne vois pas pourquoi on bouderait son plaisir, hein ?

Pourquoi ce préambule ? Parce que plus j’avance, plus tu recules, il faut bien que je fasse un préambule. Un préambule ? C’est une sorte de préliminaires mais sans l’acte sexuel. Plutôt pour un acte textuel. Donc, pourquoi un tel préambule ? Parce que j’ai publié deux fois le même article, à la virgule (plus j’avance…) près. Comment cela se fait-ce ? Qu’a-t-il donc eu ? Eh bien, je ne vais pas y aller par quatre chemins : tout le monde le sait (omnes id sciunt voire omnibus notum est), j’écris souvent mes billets du matin dès la veille au soir sauf quand je n’ai pas eu le temps et que je les compose au réveil. C’est selon (prout res se habet)… Et en ce début du mois de juillet 2026, alors que je suis un peu à la ramasse pour plein de (bonnes) (ou mauvaise) raisons, hier matin, je pense que j’ai un peu beaucoup bogué.

Je m’explique : j’ai récupéré le texte « marronniers » que j’avais déjà publié la veille mais ça m’était sorti de la tête et comme je l’ai trouvé plutôt bien (bien moyen +), j’ai décidé de le mettre en ligne car c’était ce jour-là ou jamais. Sauf que je l’avais déjà fait la veille. Et bref, c’est nul. Mais comme je ne suis pas égoïste ni profiteur, je comprends que ça ait pu en défriser certain(e)s, dans mon lectorat(e). Alors, pour compenser, je propose à toutes celles et à tous ceux que ça a contrarié de les rembourser mais attention, pour éviter de me faire arnaquer, je ne pourrai le faire qu’au vu de la copie de votre règlement d’abonnement. Je crois qu’après cette honorable amende, je peux me retirer la tête haute (mais les épaules basses – je vous rappelle que je suis un peu KO, depuis quelques jours) et ad mox.

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igloo, igloo, igloo (il est des nô-ôtres)

Restez au frais, qu’elle a écrit, Myriam (dont c’était la fête, hier, paraît-il), moi, je veux bien mais restez au frais quand il fait canic...