Quand tu me plaisais tant que j'en pouvais mourir, quand je mettais l'ardeur et la paix sous ton toit, quand je riais sans joie et souffrais sans gémir, afin d'être un climat constant autour de toi ; quand ma calme, obstinée et fière déraison te confondait avec le puissant univers, si bien que mon esprit te voyait sombre ou clair selon les ciels d'azur ou les froides saisons…
À la demande générale, je vais de nouveau parler d’Anna de Noailles, cette poétesse (le mot n’est pas très joli, il me semble) de la Belle Époque et ce matin, c’est un poème que je vais publier intégralement tant j’ai la sensation qu’elle l’a peut-être écrit pour moi… Non, elle l’a plutôt écrit en pensant à moi. En pensant à ce que j’allais vivre au moins une fois (une dernière fois ?) dans ma vie. Ce magnifique texte composé de quatrains, il faut le visualiser en vers mais moi, pour la mise en page, j’ai préféré ne pas le publier dans ce format-là. C’est trop compliqué.
Je pressentais déjà qu'il me faudrait guérir du choix suave et dur de ton être sans feu, j'attendais cet instant où l'on voit dépérir l'enchantement sacré d'avoir eu ce qu'on veut : instant éblouissant et qui vaut d'expier, où, rusé, résolu, puissant, ingénieux, l'invincible désir s'empare des beaux pieds, et comme un thyrse en fleur s'enroule jusqu'aux yeux !
Anna de Noailles… Je me rends compte que j’aurais aimé la connaître. Comme quelques autres auteurs ou artistes, morts ou vivants. Comme Prévert, comme Stéphane Mallarmé, comme Barbara, comme Zola ou comme John Boyne, auteur irlandais récemment « découvert… » J’aurais aimé la connaître car c’était une femme à la fois traditionnelle et avant-gardiste. Une femme qui a marqué son époque et qui aurait largement mérité qu’on ne l’oublie pas. Peut-on dire d’elle qu’elle fut une espèce d’idole en son temps ? Oui, je peux le dire. Et moi, je suis un de ses fans.
Peut-être ton esprit à mon âme lié se plaisait-il parmi nos contraintes sans fin, tu n'avais pas ma soif, tu n'avais pas ma faim, mais moi, je travaillais au désir d'oublier ! — Certes tu garderas de m'avoir fait rêver un prestige divin qui hantera ton cœur, mais moi, l'esprit toujours par l'ardeur soulevé, et qu'aurait fait souffrir même un constant bonheur…
Je peux même avancer que de son vivant, elle a vendu des dizaines de milliers d’exemplaires de ses recueils, ce qui était plutôt exceptionnel pour de la poésie. Même à son époque où cet art avait encore toutes ses lettres de noblesse. Et de ce fait, les auteurs étaient tout aussi connus que les acteurs peuvent l’être aujourd’hui. Alors même qu’il n’existait pas les réseaux sociaux. Comme quoi, hein ‽ Et comme je suis très fier et très heureux de vous avoir présenté ce poème, je vous laisse imaginer ce que sera le troisième épisode consacré à Anna de Noailles. Bientôt…
Je ne cesserai pas de contempler sur toi, qui me fus imposant plus qu'un temple et qu'un dieu, l'arbitraire déclin du soleil de tes yeux et la cessation paisible de ma foi !
Recueil : Poèmes de l'amour (1924).
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