Version première : Robert, le raton laveur est un raton râleur, un poil radical et rondouillard. À chaque aurore, il ratisse la rive pour récupérer des branches et des morceaux de troncs d’arbres à mettre dans la rivière. Parallèlement, il se ravitaille et ramasse des croûtes (de fromage et autres), des fragments, des portions, des rognures qu’il terre dans son réfrigérateur naturel : le creux du ruisseau. Et s’il en perd en route, il proteste, il grogne, il rognonne. Parfois, rongé de rage, il s’embrouille avec les cerfs, les souris, les rougets et les rouges-gorges. Brusquement, il rentre chez lui, son antre, en grommelant comme toujours. Marre de ces profiteurs ! Travailleur acharné je suis, les autres, des branleurs. Et, pétri de colère, il pénètre dans son repaire et s’endort en ronflant comme une chaudière.
Version en paire : Richard, le carreleur râleur en retraite radote comme son arrière-grand-père. Rien ne carbure normalement. Pétri d’arthrose, le derrière sur un rebord de fenêtre triplement vitrée, il regrette naguère quand rien ne générait d’autre problème que d’être en forme. Les rendements de nos jours sont absurdes, ridicules et trop irréalistes. Il reproche les frasques des traders qui dirigent la terre. Il réprouve les intérêts et les parts des cartels et des confréries qui désertent les créatures pour le profit. Il regarde avec amertume ses appareils archaïques et périmés : ses rabots, ses raclettes, ses croisillons, ses carreaux et pleure un peu. Heureusement, il a repéré du Ricard et s’en sert un verre à ras-bord. « Je déserte hier et merde à toutes les prescriptions strictes et tordues et merde aux remords. »
Version trois : Rose-Marie de Riquewihr, roturière mariée extraordinairement fragile redoute les regards des gaillards bruts, des bougres crétins et de son père, pétri de régulières car cet être expert du membre viril sans repos en dénombre au moins trente-trois. Elle ne blaire pas les hères harceleurs ou ravageurs, ces éternels frustrés du derrière. Rose-Marie aime être solitaire, en proie à ses rêveries privées où elle est libre alors que jour après jour, elle est prisonnière de règles tristes, d’oppression et d’agressions verbales ou corporelles. Elle recherche un retour à l’air libre, réclame le repos afin de renaître un jour, affranchie de toute crainte et donc, de toute rancœur. Elle aimerait du désir vrai sans risque de rituel brutal. Romantique ? Assurément. Romantique dans un univers de brutes arriérées.
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