Tu m’as écrit et ça a été une véritable surprise car des mails de toi, je ne peux pas dire que j’en ai reçu beaucoup. Ou alors, en réponse à un des miens. Et ton message, je l’ai lu deux fois de suite, le jour de sa réception. Et le lendemain aussi. Et le surlendemain encore. Et je n’ai pas encore trouvé le moyen de réagir à tout ce que tu m’as dit. Parce que tu m’as réellement pris de court. Parce que j’ai aimé ton intention mais que je ne sais pas quoi faire de ton propos. Te remercier ? C’est un peu court. Tu attends peut-être plus. Ou pas. Voire rien du tout. Non, je pense que tu espères au moins un merci. Mais je ne sais pas faire dans les simples formules du savoir gré. Il faut que j’en fasse plus et très vite, je peux en faire trop et là, j’ai peur que ça soit vite déplacé. Je ne sais pas toujours me retenir.
Tu m’as écrit et ça a été une véritable surprise car dans ton message, tu me racontes une « aventure » que tu as vécue avec un vieux monsieur qui t’a parlé de poésie. Ce que tu m’as raconté m’a beaucoup plu et je dois t’avouer que j’aurais aimé qu’il m’arrive le même genre de choses. Sauf que moi, à la différence avec toi, c’est que je lui aurais dit que oui, je connais un peu la poésie, que j’aime beaucoup ça, en lire et même en écrire même si c’est devenu assez rare depuis 1997 suite à un refus de plusieurs maisons d’éditions de publier mon recueil Écorces Vives. « Vous comprenez, chez monsieur, la poésie n’a plus d’avenir. Même les autres livres, ça va devenir de plus en plus difficile. » Tu parles, des livres, on en trouve toujours et j’ai même l’impression que c’est redevenu tendance.
Tu m’as écrit et ça a été une véritable surprise car je dois t’avouer que je suis un peu jaloux de toi, de ce que tu vis, de qui tu es, de cette espèce de liberté qui semble t’habiter. Mais, pour rien au monde, je n’échangerais ma vie contre la tienne car j’aime aussi ma propre vie, ma propre façon de vivre. Et de penser, là où le bât a pu blesser, parfois, entre nous. En revanche, je n’ai pas compris pourquoi tu voulais « changer de Mollat », pour moi, c’est une très bonne librairie, la seule dans laquelle je me fournis même si elle est grande, très grande. Et si j’avais déjà vaguement entendu parler de cette maison d’éditions, à contre-pied, j’avoue que je ne m’y suis jamais vraiment intéressé. Parce que pour moi, me faire éditer, c’est un fantasme du passé. Et ce n’est pas vraiment de la jalousie, je te le redis simplement.
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