Le 3 septembre dernier, mon goût, mon amour pour la poésie a encore sévi. Et ce matin, je voudrais clore le sujet sur les chevelures. Après Pierre Louÿs, là, nous allons évoquer les cheveux féminins à travers Baudelaire, Samain, Verlaine et Mallarmé. Un beau quatuor d’auteurs. Et commençons par Baudelaire dans le poème éponyme, publié dans les Fleurs du mal : Ô toison, moutonnant jusque sur l’encolure ! / Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir ! / Extase ! Pour peupler ce soir l’alcôve obscure / Des souvenirs dormant dans cette chevelure, / Je la veux agiter dans l’air comme un mouchoir ! Incantation, théâtralité, exaltation… L’auteur ne se prive d’aucun point d’exclamation et on le sent très excité (peut-être physiquement aussi) dans les cinq premiers vers avant qu’il ne parte en voyage à travers la chevelure de son amante.
Chez Samain, le poète le moins connu dans ceux que je cite aujourd’hui, il y a : Le silence descend en nous, / Tes yeux mi-voilés sont plus doux ; /Laisse mon cœur sur tes genoux. … Sous ta chevelure épandue / De ta robe un peu descendue / Sort une blanche épaule nue… (Silence dans le recueil Au jardin de l’infante en 1893) et ces vers ne sont pas sans rappeler la prose de Pierre Louÿs, fluides, doux et à la limite du murmure. Chez Mallarmé, on quitte la sensualité pour l’abstraction, toujours avec un style complexe, très musical mais aussi souvent hermétique : La chevelure vol d’une flamme à l’extrême / Occident de désirs pour la tout éployer / Se pose (je dirais mourir un diadème) / Vers le front couronné son ancien foyer… (La chevelure vol dans le recueil Poésies.) Avec Mallarmé, on sent que la chevelure de la femme éclaire ses nuits.
Enfin, chez Verlaine, on est dans le presque érotique (à l’époque, c’était même du tout érotique) et là, qu’il ne s’adresse pas à Rimbaud, on le sent très émoustillé par les chevelures féminines : Et je mords à ta chevelure / Longue ou frisée, en haut, en bas, / Noire ou rouge et sur l’encolure / Et là ou là — et quels repas ! / Et je bois à tes lèvres fines / Ou grosses, — à la Lèvre, toute ! / Et quelles ivresses en route, / Diaboliques et divines !... (Autre, dans le recueil Chair.) Mais ce n’est pas tout, moi aussi, j’ai envie de dire mon plaisir solitaire pour de nombreux chignons, féminins ou masculins. Plaisir des yeux. On touche avec le regard. On a envie d’y mettre la main pour le caresser. Un peu comme le pompon sur le béret des marins. Quand j’étais petit, j’aimais les deux. Les chignons et les bérets des marins. Ça m’est resté. Les deux.
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