Avant-hier, j’ai parlé de ce livre que j’ai retrouvé, que j’avais acheté quand j’ai eu 17 ans (ça va bientôt faire 50 ans – un demi-siècle, incroyable, je trouve…) mais c’était surtout pour aborder le poème La chevelure de Pierre Louÿs. Là, depuis, j’ai un peu, beaucoup réfléchi à ce bouquin que j’avais adoré quand je l’avais lu la première fois. Que j’avais certainement encore beaucoup aimé si je l’ai relu quelques années après et cette fois, si je l’ai trouvé intéressant à plusieurs points, je dois avouer que je n’ai pas pu aller au bout. Parce qu’il m’est tombé des mains. Parce que je n’ai plus l’âge de l’époque. Parce que mes goûts ont changé. Parce que j’ai lu d’autres livres que je trouve désormais bien meilleurs. Mais celui-ci, je vais pourtant continuer de le conserver comme un trésor. Comme une relique. Comme une pièce à conviction.
Parce que, cette fois, si le style m’a dérangé, si j’ai eu du mal à ré-entrer dedans à cause de cette façon un peu trop libre ou libérée d’écrire de Christiane Rochefort, je me rends compte que quand on n’a plus 17 ans (on n’est pas sérieux, à cet âge-là), c’est vite indigeste. Alors, j’ai laissé tomber les 15 dernières pages sur 190. Et si j’ai été d’accord sur une partie de ce que j’avais pu souligner au stylo, à l’époque (quelle horreur, je déteste ça, maintenant), je m’en voudrais presque d’avoir oublié une phrase que je trouve essentielle dans la relation entre le fugueur et l’adulte qui ont fait connaissance : … je jouissais de ta violence parce que je m’étais interdit de jouir de ta tendresse. Pourquoi ça m’est passé au-dessus de la tête, à l’époque ? Pourquoi ça m’a frappé, cette fois-ci ? Eh bien justement parce que de l’eau a coulé sous les ponts.
Pourquoi ce livre est-il néanmoins resté si important pour moi ? Parce qu’il m’a construit. Parce que cette fois, j’ai compris que le style Christiane Rochefort m’avait alors inspiré. Je n’en avais jamais eu conscience jusqu’à maintenant. Mais ce style, je ne l’ai pas conservé longtemps. Uniquement pendant mes années de jeune adulte. Jusqu’à ce que je me trouve tout seul. Parce que d’autres m’ont également inspiré, comme Duras et Prévert mais eux, ça pourrait encore être vrai. Ce bouquin reste essentiel, dans ma vie. Il fait partie intégrante de moi. Pourtant, je sais que je ne le relirai plus. C’est certain. Nonobstant, je vais continuer de le conserver. Absolument. Et j’ai presque l’envie d’y mettre une annotation, au début : attention, ce roman contient des traces de ma jeunesse. Nostalgie, nostalgie, tu sais que quand tu nous tiens, hein…
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